Total Dunkerque : Dégazage de Total par ses salariés : six mois de grève

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D’un côté quelques centaines de travailleuses et de travailleurs, de l’autre la multinationale Total. En soutien des premiers : leurs proches, des organisations syndicales, politiques et associatives ; avec la seconde, le gouvernement… À croire que la lutte des classes existe encore !

La grève a démarré le 12 janvier à la raffinerie des Flandres de Dunkerque. Quatorze milliards de bénéfices en 2008, 8 milliards en 2009 pour cause de « crise »… Avides de s’en mettre toujours plus dans les poches, les actionnaires de Total avaient décidé la fermeture de ce site. Dès le début du mouvement, l’intersyndicale Sud/ CGT/FO se met en place, des assemblées générales sont organisées deux fois par jour et les salarié-e-s sont présents au piquet de grève installé devant l’usine. Début février, les grévistes et l’intersyndicale lancent un ultimatum à la direction : 12 jours pour prendre les décisions de redémarrage « sinon nous prendrons possession des lieux ». Cela fait réagir les fédérations syndicales qui, un mois après le début de la grève, appellent enfin à son extension nationale. Le mouvement est alors fortement suivi dans les autres raffineries Total et démarre dans d’autres entreprises du secteur. La perspective d’une pénurie de carburant se précise. Conçu au départ comme une grève de solidarité d’une durée de 24 heures par les fédérations syndicales CGT, CFDT, FO, CGC, le mouvement devient une grève nationale reconductible avec des revendications unitaires sur l’emploi et les salaires.

Lâchés par la CFDT et la CGT

Le gouvernement comprend que le rapport de force devient favorable aux grévistes. Assez des assemblées générales de grévistes, place au « dialogue avec les partenaires sociaux » ! Après trois jours de grève, la fédération CFDT abandonne les grévistes, bien que ses sections locales de Feyzin et Donges poursuivent la grève. À la fin de la première semaine, alors que la grève tient toujours et que la victoire totale est envisageable à court terme, la fédération CGT abandonne aussi ! C’est par la télévision que les salarié-e-s apprennent la décision, au mépris des AG de grévistes, et aussi de la démocratie syndicale interne de la CGT. À Dunkerque, où Sud est le syndicat majoritaire, la grève continue. Le lâchage par les fédérations syndicales CFDT/CGT est un coup dur, mais les grévistes de Dunkerque tiennent bon. Le 8 mars, à l’occasion d’une réunion du Comité central d’entreprise (CCE), ils et elles sont encore une fois devant le siège de Total à La Défense, et sont accueilli-e-s par la police, ses gaz lacrymogènes et ses matraques. Le mouvement se poursuit encore tout le printemps. Les assemblées générales continuent, deux fois par jour, au piquet de grève installé devant l’usine. Pour durer, les travailleuses et travailleurs se sont organisé-e-s dès janvier, mêlant grévistes totaux et grévistes intermittents car assurant les opérations minimales de sécurité.

Obstination des grévistes et reprise du travail

Logiquement, les dissensions intersyndicales nationales finissent par se ressentir localement : l’intersyndicale a du plomb dans l’aile et FO s’en retire. En juin, lors du CCE puis du comité d’entreprise de la raffinerie des Flandres, seule la délégation Sud refuse de donner un avis sur la fermeture en affirmant la totale illégitimité de cette consultation. Le 30 juin, la Cour d’appel de Douai condamne Total à relancer l’activité de raffinage ! Le travail reprend le 19 juillet par les opérations techniques nécessaires au redémarrage. Mais la direction n’a pas rendu les armes, loin de là. Elle lance d’autres procédures juridiques, ce qui conforte les salarié-e-s dans l’idée qu’on leur demande d’effectuer le dégazage, non pas pour la relance de l’activité mais pour rendre le site apte à être revendu. Les travailleuses et travailleurs décident de suspendre le dégazage, dans l’attente d’engagements fermes sur les suites. Le syndicat CGT propose d’aller au-delà et de repartir en grève ; l’AG ne suit pas, mais la CGT maintient sa décision, la grève est un échec et la division de l’AG amène à stopper le refus de dégazage.

La question de la reconversion n’est pas taboue

L’avenir immédiat est toujours plein d’incertitudes pour les salarié-e-s de la raffinerie des Flandres. À plus long terme, il faut relever que la question de la reconversion n’était pas taboue pour les grévistes : l’intersyndicale locale est signataire de l’appel national demandant « au gouvernement de prendre les mesures pour qu’immédiatement Total relance l’activité de la Raffinerie des Flandres, garantisse son existence et les emplois pour les 5 prochaines années, […] que ce délai soit mis à profit pour étudier un projet de reconversion écologiquement soutenable, en associant les salarié-e-s et leurs organisations syndicales, les élu-e-s locaux et régionaux, […] » [1]. Nationalement, seuls Sud Chimie/Pharma et l’Union syndicale Solidaires s’y sont impliqués, aux côtés d’organisations politiques – Alternative libertaire, Alternatifs, FASE, NPA, PG, Verts – et d’associations – AC !, AdOC, APEIS, ATEIC, ATTAC... Mais soyons lucides : cette question n’était pas au centre des assemblées générales de grévistes. Pour autant, il y avait là un levier que nous n’avons guère utilisé. Tout comme il nous faut tirer le bilan de nos faiblesses en termes de solidarité réelle avec les camarades de Dunkerque : combien d’informations de sections syndicales de base sur cette lutte, pour la faire connaître ? Combien de délégations organisées pour aller discuter avec les grévistes ? Combien de tournées de grévistes dans d’autres entreprises pour un échange direct entre travailleurs ? Tout ça, si nous ne le faisons pas nous-mêmes, nous pouvons en revanche être assurés que ce ne sont pas les adeptes du syndicalisme de dialogue social qui le feront !

C. Mouldi (AL Transcom)

[1Tract Solidaires réalisé avec les camarades de Dunkerque : www.solidaires.org/article31811.html

 
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