Antifascisme

Union des droites : Amours et désamours chez les réacs




L’adoption récente d’une loi provenant du RN fait craindre un nouveau pas vers l’« union des droites ». La question peut même se retourner : qu’est-ce qui empêche encore aujourd’hui cette union ? Analyse.

Le 30 octobre dernier, coup de tonnerre parlementaire : pour la première fois de la Ve République, une proposition portée par l’extrême droite est adoptée. La dénonciation de l’accord franco-algérien proposée par le RN a obtenu l’assentiment des principales formations étiquetées de droite et d’extrême droite (Horizons, Les Républicains, l’Union des droites pour la République…).

Que ce soit sur la rhétorique, la pratique du pouvoir ou la vision idéologique, les convergences entre l’extrême droite et la droite « classique » sont aujourd’hui évidentes : les mêmes positions racistes, la même détestation des avancées sociales, la même volonté de maintenir l’ordre et la défense des possédants… De la base militante aux différents échelons du pouvoir, les alliances se construisent de manière toujours plus assumée. D’ailleurs, en Europe, le pont entre les droites se pratique avec beaucoup moins de retenue.

L’exemple le plus parlant de cette fusion politique fut la stratégie d’Éric Ciotti de pactiser avec le RN pour les législatives de 2024. Pourtant, en cassant ouvertement le tabou du « cordon sanitaire », Ciotti n’a pas eu le succès escompté : tout juste a-t-il dû se contenter d’une poignée de ralliements de second ordre, et son parti est aujourd’hui un appendice du RN. Marine Le Pen de son côté affirme haut et fort qu’elle est même contre la stratégie de l’union.

Des réticences et des calculs

Certes, la victoire idéologique du RN au sein de la droite ainsi que le refus catégorique de toute politique sociale sont des puissants leviers de convergence. Mais assumer une alliance signifierait pour chaque composante des concessions qui sont autant de blocages potentiels.

Dans cette union, le bloc que formerait le RN et LR est capital. Mais pour le RN, s’allier officiellement avec LR signifierait le reniement définitif de la ligne « ni de gauche, ni de droite » qui a caractérisé le tournant pris par le parti depuis les années 2010. Si chacune peut constater que Jordan Bardella s’emploie aujourd’hui à rassurer le patronat en adoptant une ligne très libérale, c’est aussi la posture sociale qui a permis au RN de gagner un socle dans les classes populaires. Par ailleurs, le RN c’est aussi un projet fondamentalement anti-démocratique qui doit lui permettre une mainmise sur la société et de garder le pouvoir le plus longtemps possible. Dans cette optique, partager pourrait signifier diluer ou affaiblir cette mainmise, qui est nécessaire pour mettre en place la société ségrégative que veut le RN.

Côté LR, c’est la peur de la dilution et d’être changés en supplétifs qui joue. Il faut dire qu’inversement au RN, le parti historique de la droite a perdu une grande partie de sa force militante et de son impact national. Mais il continue d’être fortement implanté dans tous les échelons intermédiaires (régions, départements, mairies). Et si la direction et les cadres sont globalement ­alignés sur le RN, l’exemple de Ciotti démontre aussi que localement, les notables sont peut-être encore attachés aux principes ­gaullistes.

Au-delà de ces deux formations, le reste de la droite, qu’elle soit macroniste ou plus radicale que le RN, ne formerait qu’un attelage encore plus incohérent dont les effets seraient hasardeux. Ainsi, « l’union des droites », si elle est défendue et discutée, n’est pas encore à l’ordre du jour… Pour le moment.

Hugues (UCL Fougères)

 
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