Village de l’eau : Mobilisation internationale pour défendre l’eau à Melle

Un an et demi après la manifestation de Sainte-Soline, les opposantes et opposants aux bassines organisaient à nouveau un rassemblement contre l’agro-industrie dans les Deux-Sèvres du 16 au 21 juillet 2024. Malgré des pressions policières, la mobilisation internationale a pu se tenir pour rappeler l’enjeu vital de la préservation de l’eau.
Le rassemblement était organisé à l’initiative de la coordination anti-bassines et soutenu par plus de 120 organisations dont la Confédération paysanne, les syndicats CGT et Solidaires et les Soulèvements de la Terre.
Les revendications immédiates du mouvement sont « d’obtenir l’arrêt total des chantiers et des projets de bassines à l’échelle nationale » et « l’ouverture de véritables discussions sur le partage de l’eau incluant les paysannes et les habitantes, des associations écologistes et des organisations professionnelles à l’échelle des bassins versants [1] ».
C’était le premier grand rassemblement contre les bassines depuis la manifestation réprimée dans la douleur à Sainte-Soline en 2023 et la tentative avortée de dissolution des Soulèvements de la Terre qui avait suivi.
L’enjeu était de mobiliser à nouveau un arc large de participantes et participants autour du sujet vital de la défense de l’eau, avec cette fois-ci une forte tonalité internationaliste. Le rassemblement comprenait une semaine de forums sur le Village de l’eau à Melle et deux journées de manif-actions les vendredi et samedi respectivement dans la Vienne et à La Rochelle.
Le Village international de l’Eau
Le Village de l’eau se voulait être un « lieu de convivialité politique pour s’informer sur les combats paysans, écologistes et sociaux en cours, se former à l’action directe collective, et échanger avec une foule de militantes, de paysannes et de collectifs internationaux engagées en faveur de la défense des communs, de la justice sociale et climatique ».
Le Village a articulé tout au long de la semaine une autogestion conséquente et de nombreux ateliers, formations pratiques et conférences. Les débats ont notamment insisté sur la conflictualité de classes dans les milieux agricoles dont les bassines sont l’un des symboles.
Des délégations internationales avaient fait le déplacement, d’Europe mais aussi du Mexique, du Rojava, du Maroc, d’Inde, d’Amérique du Sud. Les conférences internationales ont tracé un lien fort entre l’accaparement de l’eau et le colonialisme notamment en Palestine avec celle intitulée « Apartheid de l’eau et Watertech au service de la colonisation ».
D’autres ateliers ont également abordé la question de l’eau autour du bassin méditerranéen et en Amérique du Sud. Enfin, un débat a permis de poser la question : comment en finir avec les armes de domination que constituent les grands barrages ?
L’autogestion à cette échelle prend des proportions impressionnantes. Les repas ont été assurés par la coordination de vingt cantines venues de plusieurs pays afin de nourrir les 10 000 personnes présentes sur place.
De même un important pôle soin de plus de 300 personnes a été déployé avec des équipes de médics pour les manifs-actions mais aussi des équipes de prévention et gestion des violences sexistes et sexuelles sur le Village, de médiation, d’écoute, de soutien psy, de dévalidisme, de veille et d’hygiène du campement.
Les manifs-actions devaient avoir lieu à Saint-Sauvant, future bassine dont les travaux sont supposés commencer à l’automne, et à La Rochelle où l’objectif était de bloquer le port de La Pallice, gros exportateur de céréales. L’idée était de dénoncer le contrôle du capitalisme sur l’ensemble de la filière agricole.
Elles font partie des systèmes de stockage qui collectent de l’eau, souvent en hiver, à partir de nappes phréatiques ou de cours d’eau, pour la conserver et l’utiliser durant les périodes sèches, principalement en été.
Des manifs-actions tenues en échec ?
Cela ne s’est pas passé comme prévu. Les deux manifestations ont été interdites et la gendarmerie était trop présente : quitter le Village de l’eau était déjà une épreuve de patience. Toutefois, plus de 6 000 personnes se sont rassemblées à chaque fois.
Le vendredi, les organisateurs ont décidé de bifurquer vers un autre site à Migné-Auxances afin d’aller rendre visite à une multinationale de la semence. L’initiative a tourné court puisque lors de la traversée d’un champ, les gendarmes ont réussi à y mettre le feu à coup de grenades lacrymogènes.
Par sécurité il a été décidé d’interrompre la marche pour rentrer au Village. Victoire médiatique tout de même puisque la préfecture a dû reconnaître publiquement que l’incendie était de son fait.
Concernant La Rochelle, il était plus difficile pour la préfecture d’empêcher un rassemblement en pleine ville.
Mais elle a tout de même porté un sérieux coup à la réussite de la manifestation en saisissant la quasi-intégralité des sonos servant à coordonner les différents cortèges. La manifestation est finalement partie en deux groupes, l’un par la côte et l’autre par la ville plus au nord, pour tenter d’atteindre le port.
Après un détour pour dénoncer la présence d’une statue coloniale, le cortège nord s’est engagé avec fracas sur le boulevard qui menait au port. La répression policière n’a pas tardé avec des nasses noyées sous les gaz et les coups de matraques. Une fois le cortège nord sorti des nasses par l’aide d’habitantes et habitants solidaires, les cortèges se sont rejoints sur la côte.
Les grilles du port ont finalement été atteintes mais il était déjà tard et la fatigue de la journée, ajoutée à la pression policière, a mis fin aux velléités de blocage. Le port avait malgré tout déjà été bloqué quelques heures le matin même par un groupe de 200 paysannes, paysans et activistes ayant surpris la préfecture au réveil. ¬L’après-midi s’est terminé par une mémorable baignade en fanfare sur la plage.
Ces deux manifs-actions sont restées très symboliques mais l’essentiel est ailleurs. Elles ont su percer le mur médiatique tout en déjouant, en partie, le piège de l’affrontement tendu par l’État. Le mouvement apprend de ses erreurs et l’attention portée à la sécurité des personnes venues manifester a permis de limiter le nombre de blessées et d’arrestations.
Les moments de joie collective qui ont suivi les manifestations, sur place, ou le soir au Village, ont redonné de la force pour les luttes à venir.
Le gouvernement s’entête et refuse toute discussion. Il fanfaronne même en promettant la construction de cent bassines en 2024. Pourtant, comme le rappelle Bassines non merci, au cours de ces trois dernières années, quatre bassines déjà remplies ont été jugées définitivement illégales, quinze projets ont été annulés par le tribunal après avoir été jugés inadaptés au changement climatique, seize autres ont été désarmées et de nombreux projets sont abandonnés sous la pression populaire !
No bassaran !
Seb (UCL Nantes)





