Violences faites aux femmes : Une indignation à géométrie variable
Que fait l’extrême droite quand un féminicide qui n’a pas été commis par une personne étrangère a lieu ? Elle ferme les yeux, continue d’attaquer nos droits et diffuse sa haine partout dans le monde !
Ce 25 novembre, comme chaque année, nous nous retrouvions à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes et aux minorités de genre. L’année 2024 aura été secouée par de nombreuses affaires de violences sexistes et sexuelles (VSS), témoignant d’une actualité brûlante et du fait que nos luttes contre les violences sont plus que nécessaires.
Sur ces affaires, la droite – du camp des libéraux à l’extrême droite – a estimé avoir son mot à dire. Après tout il s’agit, comme le déclarait Bardella dans une vidéo postée le 17 juin 2024 lors des élections législatives anticipées, de garantir « de manière indéfectible à chaque fille et à chaque femme de France ses droits et ses libertés » [1]. Marine Le Pen aussi avait essayé de donner l’illusion qu’elle se souciait du sort des femmes, et que le Rassemblement national n’était finalement pas un parti si misogyne.
Nos vies ? L’extrême droite s’en tape
Ah, ça ! On les a entendus s’indigner, les conservateurs de tout poil, les fascistes et les catholiques intégristes, à l’occasion du meurtre de Philippine en septembre de cette année. Même que l’information a tourné en boucle sur les chaînes du service public, sur BFMTV et sur les médias Bolloré. Il faut dire que Philippine Le Noir de Carlan venait d’une famille de la noblesse française, et que l’auteur du crime présumé (de nationalité marocaine) était un violeur récidiviste sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le Premier ministre Bruno Retailleau a annoncé : « faire évoluer notre arsenal juridique » [2] – sous-entendu trouver un moyen d’expulser les étrangers fissa. La députée Hanane Mandouri, qui appartient au parti d’Eric Ciotti, a même organisé une minute de silence devant le Palais de justice de Vienne. Ces énergumènes sont nées avant la honte : plutôt que de laisser les familles faire leur deuil, ils et elles préfèrent alerter tous les médias pour diffuser leurs idées racistes.
Nous n’avons pas entendu ces mêmes personnes se scandaliser lors des 114 autres féminicides recensés entre le 1er janvier et le 31 octobre par le collectif Nous toutes [3] ! Ces assassinats à caractère misogyne ont pour la plupart été commis par des Français bien de chez nous, des « bons pères de famille », sur leurs compagnes ou ex-compagnes. Manque de chance, nos politiques ont dû zapper l’information. Mais où se portait leur regard pendant ce temps ?
Ils et elles étaient trop occupées à affirmer que 77 % des auteurs de viols à Paris seraient des étrangers, d’après une information relayée le 18 avril sur Europe 1. Cependant, ces chiffres, qui sont basés sur ceux de la préfecture de police de Paris, ne concernent que 36 personnes interpellées pour des viols commis dans la rue à Paris en 2023, en grande partie des sans-abris parmi lesquels les personnes de nationalité étrangère sont sur-représentées. Ces statistiques ne sont pas extrapolables à l’ensemble de la population parisienne, a fortiori de la population française, puisque seulement 10 % des viols déclarés dans la capitale seraient commis sur la voie publique, et que ces viols déclarés ne représenteraient que 10 à 15 % des viols effectivement commis [4].
Ces statistiques sont ici utilisées de façon malhonnête pour promouvoir un agenda raciste : l’extrême droite n’a que faire de la vérité, elle ne cherche qu’à faire valoir ses intérêts. Dans la grande majorité des cas, les viols sont commis par une connaissance de la victime, dans un cadre privé, à l’exemple de l’affaire Dominique Pélicot. Dans cette affaire, plus de 80 hommes d’apparence banale sont impliqués [5]. Curieusement, l’extrême droite est là encore restée coite…
Attaquer les droits trans l’intéresse bien plus
Ben oui, elle était trop occupée à s’indigner du fait qu’une actrice transgenre reçoive en même temps que trois autres femmes le prix d’interprétation féminine au festival de Cannes. Karla Sofia Gascon n’est en effet pas une femme mais un homme, estime Marion Maréchal dans un tweet posté le 26 mai [6]. Elle l’aurait bien aussi dit à Angelina et Géraldine, si ces deux femmes trans n’avaient pas été assassinées quasiment coup sur coup en France les 5 et 9 juillet, respectivement par un ex-compagnon et par un client. Là dessus, la droite est restée comme toujours muette.
Elle était trop occupée à prendre la défense des nombreuses célébrités françaises qui chaque année se voient accusées de viols ou d’agressions sexuelles, à l’image de Gérard Depardieu qui (rappelons-le) selon Macron rend « fière la France » [7]. Bref, elle était trop occupée à soutenir la culture du viol, à dissimuler le fait que les meurtres comme celui de Philippine ne sont pas des crimes isolés commis par des monstres voire – ultime sacrilège ! – par des étrangers, mais bien la forme ultime de tout un continuum de violences entretenues par notre système patriarcal.
Il revient à nous, libertaires, féministes, de pointer du doigt l’ennemi principal (le patriarcat) tout en dénonçant les tentatives grossières de récupération et de détournement par nos ennemis politiques.
Non, les violences faites aux femmes et aux minorités de genre ne sont pas le fait des « étrangers ». Non, la défense des droits des femmes et des personnes LGBTI ne sont pas l’apanage de nos civilisations occidentales. Les pseudo-féministes qui récupèrent les VSS pour défendre leurs biais racistes ou leur vision civilisatrice héritée du colonialisme ont un nom : nous les appelons les fémonationalistes, ou encore les féministes civilisationnelles. Nous devons montrer que chacun de leur argument est fallacieux et malhonnête, faire en sorte que leurs paroles haineuses ne soient pas entendues, recouvrir leurs stickers partout où ils apparaissent, faire annuler leurs évènements et convaincre avec force que c’est contre le patriarcat que nous devons lutter, et certainement pas contre les étrangeres.
Alors non, contrairement à ce qu’affirme Bardella, la droite et l’extrême droite ne s’adressent pas à « toutes les femmes ». Seulement aux femmes blanches, bourgeoises, cisgenres, à condition bien sûr qu’elles prennent la défense du système patriarcal qui les oppresse.
Lou et Johanna (Commission antipatriarcat de l’UCL)





