Voir : Palestine 36

En décidant de faire un film sur la grande révolte palestinienne de 1936-1939 [1], la réalisatrice palestinienne Annemarie Jacir, révélée entre autres en 2008 pour Le Sel de la Mer, nous offre une fresque d’un épisode historique déterminant pour comprendre la révolution palestinienne, permettant de l’inscrire dans une continuité d’un siècle.
Le film suit le parcours de plusieurs palestiniennes et palestiniens engagées dans la révolte, notamment le personnage de Yusuf, interprété par Karim Daoud Anaya, gravitant autour du mouvement entre la ville et son village, permettant d’évoquer à la fois le mouvement de grève des premiers mois de la révolte et de ses suites sous la forme de l’insurrection armée.
Le film met en lumière plusieurs choses importantes pour aujourd’hui : comment s’est forgé le nationalisme palestinien, les contradictions de classe qui l’ont traversé avec la tiédeur des grands propriétaires terriens arabes, mais aussi les convergences entre ouvriers des villes et paysans, entre chrétiens et musulmans, etc. Le film évoque les deux facettes du processus colonial d’alors en Palestine dont est héritier l’apartheid actuel : le grignotage progressif des terres par les colonies sionistes, notamment les fameux kibboutz « tour et palissade » qui sont ici mis en image dans leur dimension militaire réelle, quand pendant longtemps le kibboutz a pris la forme en occident et notamment à gauche de l’image d’Épinal de la communauté socialiste collectiviste à la manière d’un film de propagande soviétique où tout le monde travaille la terre, surtout les femmes, pour mettre en avant la « modernité » qu’apporterait le sionisme. Le film démontre au passage que loin d’avoir attendu des colons d’Europe, les femmes palestiniennes ont pris part à la révolte de différentes façons. Mais le film fait la part belle à l’emprise et la brutalité coloniale britannique à travers la figure du tristement célèbre capitaine Orde Wingate, interprété par Robert Aramayo, tortionnaire britannique, chrétien sioniste (dit restaurationniste : souhaitant restaurer l’ancien royaume juif) dont l’héritage militaire a inspiré Tsahal qui reprendra ses méthodes, ce que le film mettra en lumière (la destruction des maisons, utilisation des palestiniens ligotés sur les véhicules militaires comme boucliers humains, pratique utilisée par Israël...).
Le film offre deux heures de rappel historique salutaire à l’heure où l’héritage politique du sionisme fait toujours débat à gauche.
Nico Pasadena (UCL Montreuil)
- Annemarie Jacir, Palestine 36, 1h59, 2025.






