Xe congrès d’Alternative libertaire : Au diapason des grèves

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Le Xe Congrès d’Alternative libertaire s’est tenu du 30 octobre au 1er novembre dernier à Angers. S’il a été beaucoup question du conflit social sur les retraites, bien d’autres thèmes furent abordés. Un ordre du jour très chargé.

C’est dans un contexte politique et social exceptionnel que s’est tenu le Xe congrès d’Alternative libertaire à Angers, après plus de trois semaines de conflit. Réuni tous les deux ans, le congrès est l’organe démocratique par excellence d’AL.

Cette année, il a réuni une centaine de personnes et s’est ouvert par une analyse de l’actuelle crise économique. Le débat a entériné plusieurs revendications développées par AL depuis quelques années, et dont le mouvement social pourrait s’emparer.

Il s’agit de revendications susceptibles de fédérer différents secteurs en lutte autour d’un objectif commun. Des revendications parfois « transitoires » en ce sens qu’elles portent une contestation du pouvoir capitaliste : droit de veto des travailleuses et des travailleurs sur les licenciements collectifs, blocage des dividendes des actionnaires, etc.

Pas de grève générale, mais…

Le conflit sur les retraites a bien sûr occupé une large part des débats, conduisant à la rédaction et à l’adoption à l’unanimité d’une motion d’actualité, consultable sur le site internet d’AL. Même si la mobilisation n’est pas allé jusqu’à la grève générale, il faut souligner l’importance du secteur privé dans ce mouvement, car « en s’attaquant au fonctionnement de l’économie capitaliste par l’arrêt de la production dans les raffineries et le blocage des dépôts de carburants, les travailleuses et les travailleurs ont réaffirmé leur importance dans le processus de production des richesses ».

Le conflit sur les retraites a également alimenté le débat autour de l’intervention syndicale et les possibilités, au-delà des étiquettes, d’un front des syndicalistes de lutte (CGT, Sud, FSU, CNT…).

AL a évolué dans son analyse du paysage syndical. Depuis plus de quinze ans, sa grille d’analyse reposait sur la distinction de trois pôles syndicaux : un pôle intégré au néolibéralisme (CFDT, Unsa, une partie de FO…) ; un pôle contestataire, sans projet alternatif (CGT, FSU, une partie de FO) ; enfin un pôle alternatif de transformation sociale (Solidaires).

Aujourd’hui, les lignes ont bougé. Chaque organisation syndicale est en fait traversée par ces différentes tendances, certes dans des proportions inégales : la grande majorité des syndicalistes de lutte se trouvant au sein de Solidaires et de la CGT. Pour cette dernière, il est nécessaire que les communistes libertaires qui y militent fassent vivre une expression critique face à la direction confédérale, de plus en plus « recentrée ».

Pour un front anticapitaliste extraparlementaire

Un bilan mitigé a été tiré de la stratégie des fronts anticapitalistes, adoptée par AL en 2007. Néanmoins, le congrès a réaffirmé sa volonté de créer une large unité anticapitaliste sur le terrain extraparlementaire, au-delà du seul mouvement libertaire. Et ce, même si le manque de partenaires et les recompositions politiques de ces deux dernières années ont jusqu’à maintenant entravé cette stratégie.

Le débat sur l’intervention et la construction d’AL a permis de dresser un bilan de la campagne de renforcement de 2008-2009, bilan plus satisfaisant au niveau qualitatif que quantitatif. A été actée la nécessité de relancer la formation au sein d’AL qui a eu trop tendance ces dernières années à se faire « sur le tas », ainsi que d’accroître le partage de l’expérience syndicaliste concrète.

Enfin, l’année 2011 verra une campagne de renforcement des « Ami-e-s d’AL », cette association de soutien structurée autour du mensuel, et qui a tant aidé au développement de l’organisation depuis dix ans.

Actualisation du Projet de société

Une motion sur l’intervention d’AL dans les quartiers populaires a été adoptée, avec en ligne de mire « la construction d’un mouvement social des quartiers, autogestionnaire et sans compromission politique ». Le congrès a également doté AL d’une grille d’analyse sur les « luttes de libération nationale » : dans quelles conditions riment-elles avec émancipation sociale et dans quels cas et à quelles conditions les communistes libertaires doivent-ils les soutenir…

L’organisation a, de plus, adopté un texte synthétique sur l’antipatriarcat qui, à partir de la réflexion élaborée depuis six ans au sein d’AL, a délimité un « tronc commun » des orientations portées par la fédération, au-delà desquelles des divergences secondaires peuvent exister. Une réforme des statuts fédéraux a aboli l’existence des deux branches transversales - jeunesse et entreprise - pour laisser la place à des « secrétariats d’intervention » qui coordonneront l’activité des militantes et des militants d’AL sur les divers fronts (entreprises, jeunesse, quartiers, antipatriarcat, antiracisme…).

Pour finir, le congrès a avalisé un calendrier d’actualisation du Projet de société communiste libertaire, texte rédigé dans les années 1980 et qui reste une référence pour notre courant.

Commission congrès d’AL


INVITÉS ET MESSAGES D’AMITIÉ

Quatre organisations proches d’AL — la FA, la CGA, le NPA et les Alternatifs — avaient dépêché un représentant pour assister aux débats et l’union syndicale Solidaires nous a adressé une déclaration. Plusieurs organisations étrangères nous ont adressé un message de soutien politique : la CGT (Espagne), la Federação Anarquista Gaúcha (Brésil), la Workers Solidarity Alliance (États-Unis), Four Star Anarchist Organization (Etats-Unis), Estrategia Libertaria (Chili), la Fédération d’organisations de base (Argentine), l’Organisation socialiste libertaire (Suisse), Common Cause (Canada), Zabalaza Anarchist Communist Front (Afrique du Sud).

 
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