Bétonnage : La Réunion sur la route de la révolte

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Loin des images paradisiaques, la population réunionnaise se mobilise face à l’exploitation et à la destruction du patrimoine naturel de l’île, menacé par des projets urbains gargantuesques : d’abord l’ouverture d’une carrière destinée à alimenter le chantier de la route du littoral, et ensuite le projet de route elle-même.

Le 20 décembre 2013 ont débuté, à l’île de La Réunion, les travaux de la nouvelle route du littoral (NRL) qui remplacera l’actuelle route côtière qui va de Saint-Denis au port, jugée trop dangereuse à cause de nombreux éboulements rocheux et d’une congestion trop fréquente. La NRL, longue de 12,5 kilomètres, construite sur pilotis par Bouygues et Vinci pour un coût pharaonique de 138 millions d’euros par kilomètre, sera la route la plus chère jamais construite en France. Sur le plan environnemental, cette route aura des conséquences dévastatrices et irréversibles sur la biodiversité (avec notamment la destruction du banc corallien des Lataniers) tout en favorisant le « tout-automobile ». Lancé en 2010 par la nouvelle majorité de droite, ce projet est venu remplacer celui de « tram-train » porté par l’ancienne majorité (Parti communiste réunionnais).

Bien que ce projet de route n’ait pas suscité une forte mobilisation de la part de la population réunionnaise, des contestations apparaissent depuis quelques mois sur l’île pour protester contre l’ouverture de plusieurs carrières destinées à alimenter en matériaux le chantier de la NRL. Le dimanche 7 juin 2015, plus de 4 000 personnes se sont réunis, à l’appel du collectif de citoyens et citoyennes « touch pas nout roche », pour protester contre le projet de méga-carrière dans le quartier de bois Blanc, à Saint-Leu. De mémoire de Réunionnais, il s’agit là de la plus grande manifestation environnementale que l’île de La Réunion ait connue. Cette carrière de 57 hectares sur 67 mètres de profondeur sera parmi les plus grandes de toute l’Union européenne. Elle sera exploitée par le groupe Colas (dont Bouygues est actionnaire à 96,6 %) à travers sa filiale Outre-Mer la GTOI.

Un projet dangereux

Selon le rapport de l’enquête publique publié en juillet dernier, cette carrière à ciel ouvert aura des impacts négatifs en terme de santé publique et d’équilibre naturel de la faune et de la flore. Ce sont notamment les émissions de poussières, polluant l’air, qui seront néfastes pour les habitants et habitantes. Cette situation montre ainsi à quel point élus, acteurs économiques et firmes internationales du BTP avec l’appui du gouvernent, travaillent main dans la main avec le plus grand mépris pour la population réunionnaise et le patrimoine naturel de l’île. Pour l’heure, l’enquête publique a été remise au préfet de La Réunion qui devra décider de la poursuite ou non du projet de méga-carrière de « bwa blanc ». La mobilisation ne faiblit pas et des actions continuent d’être menées ponctuellement.

Face à ces mouvements de constations de plus en plus forts, élus et bétonneurs cherchent d’autres moyens pour s’approvisionner en matériaux nécessaires à la construction de la NRL. Une des solutions privilégiée serait d’aller chercher les 18 millions de tonnes de roches à Madagascar. Mais, cela ne ferait que déplacer le problème ailleurs. C’est pourquoi la mobilisation s’amplifie pour réclamer l’arrêt du chantier de la NRL. Affaire à suivre...

Caesar (AL Toulouse)

 
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