François Dalemer (comité de soutien du campement d’Austerlitz) : « Les migrants sont presque tous logés »

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Le jeudi 17 septembre a eu lieu l’évacuation de deux campements de migrants et migrantes, l’un situé dans le XVIIIe arrondissement de Paris, l’autre sur les berges du pont d’Austerlitz. L’un des membres du comité de soutien de ce dernier campement, François Dalemer, revient sur les actions menées à la demande des migrants du campement depuis le début de l’été.

Alternative libertaire : Comment s’est constitué le comité de soutien ?

François : Le campement existait depuis l’été 2014, mais est resté moins visible que celui de La Chapelle par exemple. En juin 2015, un arrêté d’expulsion a toutefois été pris pour le campement d’Austerlitz, et RESF a alors contacté plusieurs organisations, associatives, syndicales et politiques ; jusque-là, beaucoup d’associations intervenaient mais sans coordination. Une première réunion a rassemblé des associations (Cimade, Cèdre du Secours catholique – Centre d’entraide pour les demandeurs d’asile et les réfugiés), ainsi que RESF, les unions locales CGT et Solidaires, le PC, les Verts, le PG et Ensemble, notamment, mais aussi des habitantes et habitants du quartier.

Quels ont été les enjeux en termes d’organisation des actions de soutien ?

Le comité s’est organisé au départ uniquement autour des soutiens. Par la suite, une partie des membres sont parvenus à imposer l’idée que les migrants et migrantes soient à la base des décisions concernant le soutien à leur apporter. Ensuite, des migrants étaient présents lors des réunions du comité de soutien. Puis quand des propositions ont été faites par le comité, celles-ci étaient ensuite débattues en AG deux jours après sur le camp par les migrants. Début août, soutiens et migrants se sont notamment tournés vers des actions de visibilité, avec une première manifestation d’Austerlitz vers Bastille le 7 août, puis plusieurs autres jusque fin août. Le comité a aussi organisé des permanences pour la gestion de la vie quotidienne, avec des actions pour l’approvisionnement en nourriture.

Quelles étaient les revendications face à l’arrêté d’expulsion et à la mairie ?

Les migrants demandaient des solutions pérennes de logement, avec comme enjeu central qu’il n’y ait pas de distinction, de tri, parmi les migrants et migrantes. Ce point était très consensuel dans le collectif. Un suivi juridique et une assistance pour les demandes d’asile étaient aussi demandés. Le comité de soutien est resté en contact avec la mairie du XIIIe tout au long de l’été. Cela a sans doute permis d’imposer notre présence lors de l’évacuation, mais a aussi eu tendance à pousser à une inaction, certains membres refusant de mettre en cause directement la responsabilité de la mairie, qui est pourtant la première à avoir refusé toute proposition de relogement immédiate, au prétexte qu’elle ne disposait pas encore de l’aval du tribunal pour une expulsion par la force. Pourtant, elle pouvait très bien proposer des relogements aux migrants sans cette décision juridique, simplement l’enjeu pour elle a toujours été la disparition du camp, et non la dignité des personnes concernées.

Finalement l’expulsion a donc eu lieu le 17 septembre, quel a été le rôle du comité de soutien ?

Une plate-forme a été élaborée, incluant par exemple la présence de membres du comité de soutien lors de l’expulsion du campement et dans les cars, ainsi que le fait de ne pas séparer les groupes de migrants qui se connaissaient. Les migrants et migrantes sont aujourd’hui presque toutes et tous logés, qu’ils et elles soient demandeurs d’asile ou non, ce qui est un point important des revendications qui a pu être satisfait grâce à la mobilisation. Ils et elles se trouvent dans de nombreuses structures, parfois loin de Paris, mais les conditions d’hébergement semblent relativement satisfaisantes pour l’instant. Il reste que ces hébergements ne sont prévus que pour un mois. Il est également prévu que les migrants et migrantes rencontrent très rapidement des personnes de l’OFII (Office français de l’intégration et de l’immigration) pour déposer leurs demandes. Des permanences du comité de soutien auront lieu de façon régulière, afin de continuer à suivre la situation.

Propos recueillis par Violaine (AL 93)

 
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