syndicalisme

Collège : Donner des suites à la grève

Version imprimable de cet article Version imprimable


Après les grèves du 19 mai et du 11 juin dernier, le 17 septembre a été une nouvelle journée de grève contre la réforme du collège. Si la mobilisation ne semble pas éteinte, il reste encore du chemin à parcourir pour espérer gagner.

Avec près d’un tiers des enseignants et enseignantes de collège en grève le 17 septembre, on ne peut décemment pas dire qu’il n’y a pas eu de mobilisation. On peut même ajouter qu’elle ne se résume pas aux militantes et militants syndicaux mais arrive vraiment à mettre dans l’action des équipes enseignantes. Le fait de maintenir un cadre syndical, c’est-à-dire revendicatif, permet aussi que la contestation de la réforme du collège ne soit pas confisquée par la droite et l’extrême droite qui espéraient l’an passé pouvoir surfer sur un sentiment réactionnaire et conservateur de fond dans le corps enseignant. On a aussi peut-être un peu moins focalisé sur la « disparition » du latin et de l’allemand pour (enfin) s’intéresser aux vraies raisons de s’opposer à cette réforme inégalitaire  [1].

L’appel à la grève dans le second degré avait brassé très large rassemblant les syndicats de la FSU, de FO, de la CGT, de Solidaires (Sundep [2] et Sud-Éducation), mais aussi des structures traditionnellement moins combatives, CGC et FAEN, voire réactionnaires comme le Snalc. Cette unité syndicale (à condition qu’elle ne permette pas aux réacs de s’exprimer) n’est en soi pas un souci, tant qu’elle sert à construire l’action. Ce qui a encore été le cas. Pour autant on peut s’interroger sur la « suite » annoncée (imposée même) par la FSU, à savoir une manifestation nationale le samedi 10 octobre. Traditionnellement, dans l’éducation, les manifestations en week-end sont souvent le signal que la fin de la lutte a sonné. Mais force est de constater que la grève n’a pas non plus été d’une puissance emportant cette perspective sur son passage pour imposer la reconduction.

Paris, le 17 septembre 2015. Manifestation des enseignants contre la réforme des collèges
Photothèque Rouge/JMB

Ligne de fracture

Pour les équipes syndicales de lutte qu’elles soient à Sud, à la CGT ou la FSU, la question peut légitimement se poser de l’utilité de cette manifestation… dans un sens comme dans un autre ! Mieux vaut se garder des totems et des tabous pour se pencher sur la seule question qui vaille : comment plus et mieux mobiliser ?

La ligne de fracture doit-elle par exemple reposer sur le fait de porter ou pas – et à bout de bras – des appels intercatégoriels (c’est-à-dire associant premier et second degré) comme le lancent ou tentent de le faire régulièrement Sud, CGT et FO ? On peut tout aussi légitimement se poser la question quand on voit le peu de grévistes du premier degré qui ont pu rejoindre les grèves de mai, juin et septembre contre la réforme du collège.

Bien sûr ce n’est pas inutile, et c’est même nécessaire, de mettre en lumière les intérêts communs qu’ont les travailleuses et les travailleurs de l’éducation. Mais être pragmatique ne l’est pas moins. Le blog « Classe buissonnière » l’avait déjà exprimé avant la grève [3] : la possibilité de remobiliser significativement repose sans doute plus sur une démarche profondément liée à l’action revendicatrice quotidienne. Temps et conditions de travail, effectifs, rémunérations… autant de chantiers à organiser sur le terrain ! C’est à partir de là que les équipes syndicales rendront possible et crédible un rapport de force de toute l’éducation, par la grève, au plan national.

Théo Rival (AL Orléans)

[1Voir l’article « Un coup d’épée dans l’eau contre les inégalités » dans Alternative libertaire n° 252, été 2015

[2Syndicat de l’enseignement privé

[3Voir l’article « En grève le 17 septembre, mais pour quoi faire ? » sur Classe buissonière.org

 
☰ Accès rapide
Retour en haut