Lire : Naomi Klein, « La stratégie du choc »

Version imprimable de cet article Version imprimable


Dans son dernier livre, La Stratégie du choc, la journaliste canadienne Naomi Klein, auteur du best-seller No Logo et du documentaire The Take sur les usines récupérées en Argentine, remonte à « l’École de Chicago », emmenée par Milton Friedman dans les années 1960-1970, pour expliquer comment cette école économique a imaginé appliquer sa doctrine néolibérale grâce à des « chocs » secouant un pays.

À l’origine de cette « stratégie du choc », on trouve les expériences du docteur Cameron, financées dans les années 1950 par la CIA à l’université McGill au Canada. Cameron, sous couvert de recherches médicales, avait mis au point des techniques d’isolement sensoriel au terme desquelles les « patients » perdaient le sens de la réalité et régressaient intellectuellement comme physiquement.

La CIA récupéra ces méthodes pour ses pratiques tortionnaires, et les économistes de l’École de Chicago pensèrent qu’elles pouvaient s’appliquer à l’échelle d’un pays. Lorsque les populations s’opposent démocratiquement à la mise en place d’un programme néolibéral, il faut profiter d’un choc (coup d’État, catastrophe naturelle) pour le faire.

Avec l’aide de la CIA, l’École de Chicago se mit alors au service des politiciens ou militaires ambitieux du monde entier, pour tenter de réaliser son rêve : la mise en place d’un capitalisme « pur », où les marchés seraient libérés de toute contrainte. Friedman et ses collaborateurs, puis leurs successeurs, comme Jeffrey Sachs pendant un temps, façonnèrent donc les programmes économiques de pays dictatoriaux comme le Chili de Pinochet, l’Argentine ou le Brésil des juntes militaires, la Russie mafieuse d’Eltsine. Grâce à leurs relais comme la Banque mondiale ou le FMI, les successeurs de Friedman ont écrit le même type de programmes pour l’Asie, la Pologne en transition, ou le Sri Lanka se remettant du Tsunami de 2004, pour ne citer que quelques exemples.

Les chapitres sur la privatisation de la sécurité intérieure et des activités de guerre aux États-Unis par l’administration Bush, ainsi que sur l’intervention en Irak pour mettre en place une « démocratie » néolibérale, illustrent particulièrement cette montée d’un « capitalisme du désastre », où les puissants de la sphère économique s’enrichissent grâce à la peur et aux guerres déclenchées par leurs amis de la sphère politique.

Cette enquête journalistique richement documentée permet de comprendre comment la doctrine néolibérale continue d’être imposée dans de nombreux pays, grâce à une analyse globale qui dépasse largement les points de vue plus réduits, comme celui de Stiglitz par exemple, qui se concentrent sur le rôle de la Banque mondiale et du FMI.

Joel (AL Paris-Sud)

• Naomi Klein, La Stratégie du choc, la montée d’un capitalisme du désastre, Actes Sud, 2008, 23,75 euros, 669 pages.

 
☰ Accès rapide
Retour en haut