Classique de la subversion : « Critique du programme de Gotha »

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Ce texte de Karl Marx occupe une place particulière dans son œuvre. Il ne s’agit pas d’un texte théorique ayant pour but d’être publié mais d’un texte d’intervention dans l’actualité politique. C’est une lettre, à diffusion a priori restreinte, dans laquelle il critique le programme de deux organisations socialistes allemandes en train de fusionner : l’Adav et le SDAP.

En 1874, l’Association générale des travailleurs allemands (Adav), dirigée par Ferdinand Lassalle jusqu’à sa mort en 1864, et le Parti social démocrate des travailleurs (SDAP), fortement influencé par les idées de Marx dans la Première Internationale, sont frappés par la répression suite à leurs premiers scores électoraux. Les deux partis sont partiellement interdits par le Reich, leurs militantes et leurs militants emprisonnés. Cela pousse les deux organisations à un rapprochement. Mais cette union doit se faire sur la base d’un programme plus lassalien que marxiste, proposé par l’Adav lors d’un congrès se tenant à Gotha en 1875.

Dans cette lettre, Marx dénonce l’unification sur la base de ce programme. Il critique d’abord la façon dont s’opère cette union. Plutôt qu’un programme commun, il aurait préféré un « accord d’action contre l’ennemi commun » car « tout pas accompli, tout mouvement réel, est plus important qu’une douzaine de programmes ».

Il n’en fait pas moins une critique acerbe, point par point, du programme du Gotha, aussi bien sur le fond que sur la forme. Il y défend ses thèses, notamment sur la question du travail, du droit, de l’État et du socialisme. Les théories lassaliennes sont dénoncées comme mystiques et petites bourgeoises.

Pour Marx, tous les flottements conceptuels du programme de Gotha constituent d’ores et déjà les compromis politiques qui feront les renoncements de demain. Il déplore par exemple qu’« à la place de la lutte des classes existante, apparaît une formule journalistique – “la question sociale” – dont on “amorce” la solution. » Il combat l’idée simpliste que la bourgeoisie est l’ennemie du prolétariat parce qu’elle serait globalement « réactionnaire ». Il rappelle au contraire son rôle révolutionnaire dans l’Histoire, et souligne qu’elle est l’ennemie parce qu’elle fonde son pouvoir sur la spoliation du travail salarié.

Le programme de Gotha sera abandonné deux ans plus tard.

Plus que dans la simple critique d’un programme politique datant de plus de cent ans, ce texte bien écrit, facile à lire et teinté d’humour, présente l’intérêt d’être un véritable cours vivant sur cet outil d’analyse qu’est le matérialisme dialectique.

Léo (AL Montpellier)

• Karl Marx, Critique du programme de Gotha, 1875, 121 pages, réédité aux Éditions sociales en 2008, 4,75 euros.

 
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