Point de vue : Sur le « cauchemar psychiatrique »

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Un camarade d’AL réagit au témoignage publié en mai, d’une lectrice ayant vécu une pénible expérience à l’hôpital psychiatrique de Ville-Evrard (93).

L’article publié en mai, au-delà de l’indignation qu’il peut susciter pour la souffrance ressentie par son auteure, appelle quelques commentaires.

Cécile (nom changé par souci de confidentialité) est restée cinq jours au centre psychiatrique non pas en fonction de sa pathologie (« une simple dépression ») mais de son lieu d’habitation. Elle s’en indigne, mais cela n’a rien de surprenant. L’hôpital psychiatrique est organisé en secteurs pour toutes les pathologies : dépressions d’origine névrotique, de décompensation psychotique, troubles mentaux divers ou psychoses chroniques, etc. La sectorisation ne se fait pas en fonction d’une hiérarchisation des pathologies diverses et heureusement – je ne vois d’ailleurs pas ce que signifie « une simple dépression », comme si d’autres troubles mentaux pouvaient avoir une connotation rebutante ou dérangeante. Le maillage territorial de l’organisation des soins n’est pas kafkaïen : il participe au droit à la santé pour toutes et tous.

Les médicaments sont souvent un atout

Dans son récit, Cécile dresse un tableau bien noir de l’hôpital psychiatrique public. Bien entendu, suivant les établissements, les équipes, il peut y avoir des différences. Mais certains clichés issus de l’antipsychiatrie sont coriaces.

« Mise en pyjama » : il s’agit d’une coupure symbolique avec le monde extérieur. Cette mise à nu en endossant une tenue sobre et minimale est là pour recentrer la personne malade sur elle-même dans un espace et un cadre de soin.

« Camisole chimique » : cette accusation portée à la psychiatrie assimilée à une institution répressive peut correspondre à certaines réalités (souvent dans des cliniques privées justement…). S’il faut dénoncer la médicalisation de la psychiatrie, il ne faut pas sous-estimer l’usage bénéfique que peuvent avoir les molécules pour des personnes en grande souffrance, suicidaires ou délirantes. Calmer des angoisses majeures, des hallucinations terrifiantes pour le ou la patiente, des états d’agitation et d’agressivité extrême est nécessaire. Les médicaments sont souvent un atout pour entamer le soin relationnel.

« Cellule d’isolement » : les soignantes et les soignants l’appellent « chambre d’isolement » ou « d’apaisement » et elle est parfois nécessaire pour des patients violents pour eux-mêmes ou pour autrui. Certains patients demandent parfois ces chambres-là (qui ne font jamais deux mètres carrés, je n’ai jamais vu cela) car ils s’y sentent protégés. Ce cadre nécessite un suivi particulier.

Plus humaines, les cliniques ?

La psychiatrie institutionnelle, à laquelle Cécile fait référence, est née au sein de l’hôpital public et beaucoup de soignantes et de soignants persistent dans ce sens, contre la médicalisation et la logique comptable qui va avec. Les personnels en psychiatrie sont parmi les plus syndiqués ou politisés par rapport aux autres services. Présenter les cliniques payantes (souvent avares en personnels et dépendantes de groupes financiers) comme une alternative, une structure plus humaine, me semble abusif et on gagnera davantage à défendre le service public de plus en plus mis à mal par l’État.

Serge (infirmier, AL Alès)


<titre|titre=Deux notions>

Antipsychiatrie : Pratique prônée après 1945 par le psychiatre italien Basaglia, qui voulait sortir les malades mentaux du ghetto asilaire. Intention louable mais qui se traduisit par la mise à la rue de milliers de malades sans suivi ni aide, ce qui entraîna une clochardisation massive et une mortalité foudroyante de cette population.

Psychiatrie institutionnelle : Pratique initiée pendant la Seconde Guerre mondiale par le psychiatre espagnol François Tosquelles, réfugié, ancien du Parti ouvrier d’unification marxiste (Poum), rejoint par Lucien Bonnafé et d’autres comme Frantz Fanon. Il s’agit de réhabiliter le malade et d’en faire un sujet actif du soin, en interaction avec l’entourage hospitalier, tout personnel confondu.

 
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