Rapport Bockel : une apologie de l’autoritarisme

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Le rapport Bockel, remis à Nicolas Sarkozy en novembre, est un concentré de clichés racistes, sexistes, et fait le culte de l’autorité et du républicanisme bourgeois.

Si le rapport sur « la prévention de la délinquance des jeunes » remis à Nicolas Sarozy par Jean-Marie Bockel, secrétaire d’État à la Justice, a surtout fait parler de lui du fait de l’idée d’un repérage des troubles du comportement dès l’âge de trois ans, il va au-delà de cette simple mesure délirante.

Le rapport Bockel, c’est d’abord le culte de l’autorité et du père. Pour Jean-Marie Bockel, pas très original, l’origine de la délinquance est à trouver dans Mai 68 et ses suites. Il déplore ainsi la « disparition de la puissance paternelle » suite à la loi de 1970 qui a supprimé la figure du père comme « chef de famille ». Dans un passage qui fleure bon le masculinisme, il s’émeut de l’émergence d’une « égalité homme-femme » qui aurait réduit « l’influence des hommes dans la vie familiale ». La délinquance serait ainsi née de la fin de l’autorité auquel il voue un culte : pour ce transfuge du PS, « les enfants ont des droits mais le premier d’entre eux est le droit à l’autorité ». Face à cette « parentalité en berne », Bockel qui semble avoir beaucoup réfléchi, propose deux solutions épatantes : généraliser les « écoles de parents » et développer le « coaching parental »...

Clichés racistes à peine voilés

Le rapport Bockel, c’est aussi un véritable florilège de clichés racistes et xénophobes. Presque chaque page contient une allusion aux populations d’origine étrangère, comme un leitmotiv qui ne dit pas son nom. Mais Bockel est un homme poli et s’exprime par circonvolutions. Ainsi, dès l’introduction il pointe comme cause de la délinquance les « difficultés d’intégration d’une partie de la population migrante » ; puis le rôle des parents « d’Afrique noire » ou « d’origine maghrébine » dont les « structurations familiales très différentes des nôtres » [sic] expliqueraient selon lui la délinquance. Bockel ne manque pas non plus de s’alarmer de l’« intégrisme religieux », pas celui des catholiques ni des juifs néanmoins. Il s’inquiète aussi de cette mère maghrébine qui « joue à l’égard des garçons un rôle de surprotection néfaste à l’acquisition des interdits républicains ». Et fait trembler ses lecteurs devant ces classes « entièrement composées d’élèves d’origine étrangère, partageant la même confession » ou ces jeunes forcément misogynes qui « veulent une femme, tentent de se l’approprier, souvent avec violence. »

Répression

Si les familles sont stigmatisées par des expressions sibyllines – « certaines personnes d’origines étrangères » – les sanctions pénales sont, elles, très explicites. Ainsi, parmi les multiples mesures répressives, le fondateur de la « Gauche moderne » propose d’appliquer systématiquement l’article 227-17 du Code pénal pour les parents refusant « stages parentaux » et autres « mises à niveau linguistique et républicaine », c’est-à-dire deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende. Et comme il se doit, ce rapport de 94 pages, plein de bon sentiments « républicains » ne contient pas une seule ligne sur les problèmes économiques et sociaux pouvant expliquer la délinquance chez les jeunes.

Mathieu Clergue (AL Paris-Sud)

 
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