Sans-Papiers : D’une occupation l’autre

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Depuis le mois de juillet, des sans-papiers occupent un nouveau lieu, rue Baudelique, Paris XVIIIe. Cette nouvelle action doit permettre de rassembler dans un front commun collectifs et organisations souvent désunis ces derniers mois.

Depuis l’adoption, il y a un an, par l’Union européenne de la « directive retour » organisant la chasse aux étrangers, chaque pays membre y va de sa déclinaison pour renforcer l’Europe forteresse. L’Italie adopte des lois racistes, la Grèce laisse pourrir dans ses geôles des centaines de migrants, un député européen anglais propose tout bonnement de couler les bateaux de clandestins pour éviter l’invasion… pour ne citer que ces exemples. La France, qui n’est pas en reste, augmente chaque année les objectifs chiffrés d’expulsion (28 000), avec pour 2009 une nouveauté : 5 000 interpellations d’aidants.

La construction d’un front uni de défense des migrantes et sans-papiers est plus que jamais nécessaire.

Les victoires se raréfient

Depuis un an, les grèves des travailleurs sans papiers ont fait surgir la problématique du travail dans le monde de la défense des sans-papiers, trop longtemps resté dans un cadre humanitaire. Lancées l’année passée par les organisations syndicales, notamment par la CGT et à moindre échelle par Solidaires et la CNT, elles ont permis la régularisation de quelques milliers de sans-paiers, mais l’euphorie n’a été que de courte durée. Les confédérations n’ont pas toujours suivi les équipes syndicales locales et les luttes se sont espacées. De son côté, le ministère a multiplié les critères et les embûches administratives. Aujourd’hui, les régularisations tardent à arriver et les Obligations à quitter le territoire pleuvent.

Côté associations, les demandes de régularisation au titre de la vie privée et familiale sont traitées au compte-goutte et souvent transformées en régularisation par le travail afin d’inverser artificiellement les chiffres en faveur de l’immigration de travail.

Les critères requis s’additionnent pour justifier les refus. Les textes non législatifs (circulaires, notes de services, recommandations) inondent les préfectures pour justifier l’arbitraire pratiqué. Les multiples mouvements et collectifs de sans-papiers rencontrent, eux aussi, les mêmes difficultés.

La zizanie

Et pendant ce temps-là, la Coordination des sans-papiers de Paris (regroupant les CSP des XIe, XIXe et XXe arrondissements) campait à l’annexe de la Bourse du travail de Paris. Fidèle aux stratégies traditionnelles des collectifs de sans papiers, occupation-médiatisation-négociation-régularisation, elle occupait cette fois non plus une église mais les locaux de la CGT Paris, union départementale en pointe sur les grèves de travailleurs sans papiers. Le gouvernement pouvait se frotter les mains : la division s’installait dans le camp des sans-papiers et de leurs soutiens ! Du 2 mai 2008 au 24 juin 2009 : quatorze mois d’embourbement qui ont conduit à l’isolement de la CSP75.

Elle ne sera pas rejointe par les autres collectifs (9e, Alif...) et perdra des adhérents dont certains créeront le CSP17. Les associations traditionnelles de soutien qui ont participé aux tentatives de médiation ont été échaudées par l’intransigeance de la coordination, l’opacité de son fonctionnement, sa méfiance permanente et ses revirements d’un jour à l’autre, laissant, au bout de quelques mois la CGT et la CSP 75 en tête à tête.

Plusieurs tentatives de médiatisation avaient pourtant eu lieu à la suite du dépôt en commun, par l’ensemble de ces associations et syndicats le 3 juillet 2008, des 1 300 dossiers de la CSP75 en préfecture :

– tables rondes réunissant la CGT 75, la CFDT75, Solidaires75, Autre monde, la LDH, le Gisti, le Mrap, la Cimade, RESF... en juin et juillet ;

– médiation du Haut Comité des Mliens en France pour organiser l’occupation d’un autre site (rejetée à l’époque) et libérer la bourse du travail.

La Coordination a refusé de quitter les lieux tant que ses 1 300 dossiers n’étaient pas tous régularisés. Seule une centaine l’étaient à la date de l’évacuation par la CGT, le 24 juin.

Une unité à (re)construire

Face à la situation nouvelle issue de l’évacuation par la CGT, l’enjeu était de faire rebondir la lutte et de reconstruire un front uni. C’est dans cet esprit que RESF a organisé des réunions rassemblant toutes les structures sans exclusive : syndicats (dont CGT), associations, organisations politiques, collectifs de sans papiers et CSP75. Les réunions se sont succédées et ont abouti à l’occupation d’un nouveau lieu, à la demande de la coordination. Une partie de la CSP75 a refusé néanmoins de suivre le mouvement et est restée camper devant la bourse du travail, créant ainsi le « CSP Solidaires ».

Le 17 juillet, la CSP75 et ses soutiens ont investi un immeuble vide appartenant à la CPAM, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, baptisé derechef « ministère de la Régularisation globale de tous les sans-papiers » . L’appellation rassembleuse et centralisatrice tente de conjurer les divisions qui perdurent. L’occupation est essentiellement soutenue par des organisations politiques et quelques syndicats. Les associations traditionnelles se retrouvent peu nombreuses dans le soutien au site comme dans la signature de la plate-forme adoptée. Elles sont absentes (Cimade, LDH, Autremonde...) ou en retrait, loin de leur terrain d’intervention (RESF...). Malgré les débats successifs, le flou demeure sur la destination du site (QG du CSP75 ? maison de toutes les associations intervenant pour les sans-papiers ?) et tout autant sur la nature du rassemblement « autour » ou « derrière » la CSP 75. Soutien inconditionnel à la CSP 75 ou construction commune ? Des débats de fond sont indispensables pour construire une riposte large et efficace face à la politique gouvernementale.

L’incertitude du lendemain

A l’heure où paraît cet article, l’avenir est plus qu’incertain. Des opérations « Portes ouvertes » sont organisées tous les dimanches après-midi, un appel à rencontrer tous les collectifs de sans-papiers aussi. Mais l’épée de Damoclès de l’expulsion, demandée par le propriétaire, reste suspendue au dessus de cette occupation.

Chloée (AL93)


Liste des soutiens à l’occupation CSP75, ALIF, CNSP, ATMF, ATTAC, Cal 18, Cedetim, DAL, Droits Devant, FASTI, FTCR, GISTI, LDH18°, MLA, MRAP, CGT Educ’action 93, CGT Nettoiement Ville de paris, CNT Education75, UL CGT18, Les Alternatifs, Alternative Libertaire, FASE, NPA, Les Verts, VP Partisan.

 
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