Dico anti-sécuritaire : Qu’est-ce que le rapport Bénisti ?

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Jacques-Alain Bénisti, député UMP du Val-de-Marne et maire de Villiers-sur-Marne depuis trois mandats au moins, était, en 2004, président de la Commission prévention du groupe d’étude parlementaire sur la sécurité intérieure (tout un programme), responsable d’un Rapport sur la prévention de la délinquance, remis en octobre 2004 à Galouzeau de Villepin, alors first minister. Une vingtaine de député-e-s y avaient participé, dont les très philosophes Christian Estrosi et Christine Boutin.

Pourquoi en reparler aujourd’hui ? Pour deux raisons simples :

– la première c’est que sa philosophie a largement inspiré le fichier Base élève dont nous parlerons le mois prochain ;

– la deuxième, c’est tout simplement parce que ce rapport sonde le tréfonds de la connerie humaine.

Ainsi, page 7 (si vous avez envie de lire, on ne sait jamais) un graphique du plus vilain effet nous propose une courbe évolutive du jeune qui au fur et à mesure des années s’écarte du « droit chemin » pour s’enfoncer dans la délinquance. Hormis le langage fortement « clérical », gênant pour des député-e-s de la République, il est surtout intéressant de constater que la courbe évolutive en question démarre avant trois ans !! Des délinquant-e-s en baigneurs, des braqueurs et braqueuses de sucettes, de l’essentialisme pur et dur. Et tout ça parce qu’entre un et trois ans, les pères des familles étrangères « exigent souvent le parler patois du pays à la maison » (page 9). (L’absence de) philosophie du rapport Bénisti se base ainsi quasi exclusivement sur cette idée que les jeunes ne parlant pas français chez eux et elles deviendront délinquant-e-s et y voit une causalité directe. Et tout ça en dix-huit pages (interligne 1,5 et police 12) et dix personnes interrogées dont deux membres de la droitière PEEP (fédération de parents d’élèves), un expert privé, un procureur, des conseillers et conseillères techniques (dont Rachida Dati) et… UN pédopsychiatre (Marcel Rufo). Du vide absolu, de l’a-scientificité crasse, un rapport qu’aucun étudiant-e de master 1 n’oserait présenter.

Pourtant, dans la foulée, l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) sortait un rapport également dédié aux troubles de la conduite chez les enfants et les adolescent-e-s. Ce dernier allait susciter la réaction immédiate d’un collectif nommé Pas de zéro de conduite notamment mené par Boris Cyrulnik dont l’action allait aboutir, en décembre 2006 à l’annonce de la refonte des méthodes d’expertises de l’Inserm dans le domaine de la santé psychique, suite à un colloque.

Les accointances entre les deux rapports étaient trop évidentes et sentaient trop fort la manipulation. Et les camarades des Big Brother Awards ne s’y étaient pas trompé-e-s puisqu’en 2005, ils avaient remis le prix Novlangue, ex æquo à Bénisti et à l’Inserm « pour leurs propensions à vouloir identifier, dès la maternelle (voire même avant) les signes avant-coureur de la délinquance. »

Et c’est vrai que placer sous surveillance les enfants dès la maternelle (Bénisti) ou « identifier les facteurs de risque […] très précocement, voire dès la grossesse » (l’Inserm) c’était un peu abuser au pays des « Droits de l’Homme ».

 
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