Nucléaire : Stress test : atome atone

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Onze mars 2011, l’un des séismes les plus puissants jamais recensés frappe la côte pacifique du Töhoku, à 130 kilomètres du Japon. 9,0 sur l’échelle de Richter, deux minutes de secousse. S’en suit un tsunami d’une force inouïe, des vagues de plusieurs dizaines de mètres, déferlant frénétiquement à l’intérieur des terres, ravageant tout sur leur passage. Sur leur passage justement, la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi et ses quatre réacteurs. Destruction immédiate des systèmes de refroidissement, réchauffement des combustibles, peur sur la ville, explosion d’hydrogène, on connaît la suite.

Pour convaincre les populations qu’un tel accident ne pourrait jamais survenir en France, François Fillon commande dans la foulée un audit des installations nucléaires françaises dont les conclusions ont été rendues publiques en janvier dernier. Sans surprise, toutes ont passé les tests avec succès et aucune centrale ne devra être fermée dans l’immédiat, ouf ! Seuls quelques ajustements seront nécessaires pour renforcer la sécurité des sites, avec notamment la mise en place d’un système d’alimentation de secours en eau et en électricité pour pallier une éventuelle rupture des installations de base. Une broutille estimée à une dizaine de milliards d’euros selon EDF, chiffre minimaliste selon l’Autorité de sûreté du nucléaire (ASN), qui parle plutôt de 800 000 euros de frais par réacteur. On en compte tout de même 58 en France... Faites le calcul.

[*Un cahier des charges dépassé*]

Mais la question aujourd’hui n’est pas tant financière qu’éthique. Et si la garantie qu’un Tchernobyl ou qu’un Fukushima ne pourrait pas arriver en France n’a pas de prix, cet audit nous met-il vraiment à l’abri de ce risque-là ? Coordonné par l’ASN, l’audit devait initialement être mené de concert par Areva et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), avec le Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN) et les membres des Commissions locales d’information (CLI) en tant qu’observateurs. Mais la présence de ces deux organismes d’experts, issus de la société civile, semblaient déranger, et leur nom a rapidement disparu du cadre. Officiellement, il n’était pas question que le secret professionnel auquel sont soumis les inspecteurs de l’ASN puisse être ébranlé. Officieusement, on comprend surtout qu’il s’agissait pour l’ASN de garder la mainmise sur le déroulé de l’audit... et ses conclusions à venir. Le 9 mai 2011, l’ASN justement, publie le cahier des charges de l’audit. Déception dans les rangs des antinucléaires : les risques terroristes, les intrusions humaines, les chutes d’avion, les virus informatiques ne seront pas analysés. Seules les conséquences d’une catastrophe naturelle seront étudiées, des risques d’ailleurs déjà évalués lors des phases de conception des réacteurs. Pourtant les stress-tests visaient originellement à réduire les risques et conséquences des accidents. Le spectre d’étude aussi étroit que celui proposé par l’ASN apparaît alors complètement dépassé, ce qu’a parfaitement montré Greenpeace en pénétrant dans la centrale de Nogent-sur-Seine un matin de décembre 2011, comme dans un moulin.

[*Des tests de résistances inadaptées*]

Mais l’Europe est venu mettre son nez là-dedans, et quand le commissaire européen à l’Énergie Gunter Oettinger a annoncé qu’il refuserait d’apporter sa caution à des tests de résistance qui ne prendraient pas en compte les risques de dégradations anthropiques et les mesures de gestion des populations, les régulateurs nationaux, comme l’ASN, sont montés au créneau. Pas question de se faire dicter le cahier des charges. Le compromis finalement trouvé repousse aux calandes grecques l’analyse de ces critères par un groupe dont on ignore la composition. Sans vergogne donc, nos dirigeants, poupées gigognes, continuent à nous vendre l’énergie nucléaire comme sûre et économiquement indétrônable. Et si les populations, finalement, préféraient plutôt investir les milliards nécessaires à la mise à niveau des installations dans la transition énergétique ? Nos dirigeants, en très zélés VRP de l’atome, affirmeront qu’ils n’ont pas cela en stock...

Antoine Concil (militant écologiste)

 
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