Hôpital de Carhaix : Œufs pourris contre lacrymos : 1-0

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« Résistance ! » scandaient les manifestantes et les manifestants à Carhaix (Finistère), théâtre d’évènements mémorables ces dernières semaines. La mobilisation a permis d’obtenir le maintien de services hospitaliers, contre la politique de destruction des hôpitaux des zones rurales.

À Carhaix, petite ville de 8 000 habitants en Bretagne, comme dans de nombreuses zones rurales, l’État a décidé de fermer la maternité et le service de chirurgie. Antoine Perrin (ancien directeur adjoint du cabinet de Roselyne Bachelot), directeur de l’Agence régionale hospitalière de Bretagne (ARH), ferme tout d’abord, puis suspend ces activités à l’hôpital de Carhaix, dès le 6 juin. Cela ne l’empêche pas de souhaiter « permettre à tous un égal accès à une offre de soins de qualité et efficiente ». Mais les habitantes et habitants de Carhaix n’ont pas la même conception de l’égalité des soins que ce méprisant directeur d’ARH. C’est quasiment toute la ville qui, pendant quelques semaines, s’est mobilisée, et a obtenu que soit cassé l’arrêté de suspension des services de maternité et de chirurgie. La chronologie des événements est éloquente :

5 juin : 300 Carhaisiennes et Carhaisiens prennent d’assaut Quimper. Avec un camion de chantier, des manifestants défoncent les grilles de la préfecture. Débordés, les gendarmes mobiles gazent tout ce qui bouge.

6 juin : 5 000 personnes se rassemblent devant l’hôpital de Carhaix.

7 juin : une catapulte (vestige d’une fête historique) est amenée devant les gendarmes mobiles à Quimper, en symbole de la détermination du peuple en lutte. Pendant quelques heures, une bataille rangée bloque le centre ville, œufs pourris contre lacrymos... Six interpellations avec convocation en septembre devant le tribunal correctionnel de Quimper.

20 juin : manifestation régionale à Rennes, avec le soutien de Concarneau, Redon, Brest et des centres hospitaliers rennais, pour un défilé d’environ 600 personnes plutôt calme.

21 juin : à Quimper, 700 personnes, dont des élus, font face aux CRS après le refus des autorités de recevoir une délégation. Selon le Télégramme de Brest, certains élus ont été mis à terre, dont Christian Troadec, le maire de Carhaix. Un manifestant a les doigts arrachés par une grenade lacrymo, un camarade gazé à bout portant a temporairement le visage brûlé. Les forces dites de l’ordre ont gravi un échelon supplémentaire dans la violence.

25-27 juin : au tribunal administratif de Rennes, la plaidoirie de Me Philippe Herrmann convainc le juge des référés d’annuler la suspension des activités chirurgicales, obstétriques et anesthésiques. Les activités reprennent le soir même à l’hôpital. Le député UMP de Carhaix-Châteaulin demande même à Mme Bachelot de ne pas faire appel de cette décision !

La bataille de cette ville est un bel exemple de lutte contre les plans de fermeture d’hôpitaux. Au lieu d’une énième pseudo concertation qui nous explique les soi-disant bienfaits de la future loi « santé et territoires », il faut tenir un véritable débat sur l’avenir de l’hôpital public avec l’ensemble des parties concernées. N’oublions pas que les actionnaires de la Générale de santé ont profité d’un bénéfice de 420 millions d’euros sur le dos de la Sécu grâce au gouvernement, alors que les hôpitaux publics de Redon, Carhaix, Nantes, Rennes, Quimper, etc. sont en difficulté car sous-dotés. La santé n’est pas une marchandise, défendons-là !

Goulven (AL Rennes), le 30-06-08

• Voir www.comitedefensehopitalcarhaix.com

 
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