A contre courant : Qu’est-ce que tu fous, vieille taupe ?

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Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduit l’édito de la revue alsacienne À Contre Courant, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex.


On devrait vous prédire que le mécontentement des exploités va être à l’origine d’une forte mobilisation déstabilisant les exploiteurs ; on devrait affirmer que la rentrée va être rouge, forcément rouge. En plus modéré, c’est la rhétorique utilisée par tout bureaucrate soucieux de faire croire qu’il défend encore les intérêts de ses mandants. C’est aussi, d’ailleurs, l’exercice que s’imposent habituellement bon nombre de militants de base, soucieux, eux, de (re)créer une dynamique par des propos encourageants.

Mais cette fois-ci, on a vraiment du mal à sacrifier au rituel, même en y mettant toutes les nuances et la dialectique dont on est capables (si, si !), même en sachant que ça nous permettrait de vendre plus de papier. Vous avez vu avec quelle facilité les appareils syndicaux ont pu nous balader de manifs en manifs ? Où était l’indispensable autonomie du mouvement social ? Quand on dit que cette autonomie peut s’élaborer dans des coordinations qui déborderaient les bureaucraties, on n’est plus guère entendus.

Vous avez vu avec quelle facilité les fauteurs de chaos continuent à nous donner des leçons et à imposer leurs balivernes libérales pour nous faire accepter, finalement, de payer leur crise ? Et cher, très cher. Des salariés ont bien tenté de récupérer quelques dizaines de milliers d’euros par la tactique dite de « la bonbonne de gaz ». Certains ont réussi. Tant mieux : c’est toujours ça que les patrons n’auront pas. Mais la méthode est faible, très faible, quand on la compare par exemple à la stratégie que les LIP avaient mise en œuvre. Le contexte idéologique est très différent, direz-vous. C’est sûr, mais ne serait-ce pas à nous, ceux d’en bas, d’ouvrir de nouvelles perspectives ?

Vous avez vu avec quelle facilité les dirigeants ont pu se servir des élections et des institutions pour faire croire que leur domination reste légitime ? Le NPA s’est fait piéger. Classique, hélas. Résultat ?... Ses dirigeants s’apprêtent à recommencer dans quelques mois, aux régionales. Désespérant.

En redonnant vigueur à la « vieille taupe » de Shakespeare, Marx, Rosa Luxemburg et d’autres révolutionnaires lui attribuèrent l’aptitude à nous réserver de belles surprises, mystérieusement et souterrainement préparées et qui modifient le cours de l’histoire.

Mais qu’est-ce qu’elle fout donc cette vieille taupe ? On n’attendait pas qu’elle nous creuse des galeries aussi rectilignes que les Champs-Élysées qu’emprunte le défilé militaire du 14 juillet, mais s’égarer à ce point, alors que le chaos capitaliste fait tant de dégâts ! Perverse, la bête ?... En tout cas elle n’arrivera pas à nous faire dire, comme Viansson-Ponté en mars 68, que tout le monde s’ennuie. Non, on piétine de rage… Allez, il faut se calmer et chercher, avec d’autres, à mieux comprendre les caprices apparents de la bestiole… en espérant que d’éventuelles explications présenteront une utilité politique. En espérant surtout qu’elle finira, malgré tout, par nous surprendre une nouvelle fois, la vieille…

 
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