Altermondialisme : la victoire de Cancun

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La victoire des paysans et des altermondalisation face à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Cancún montre qu’il n’y a pas de fatalité dans le combat livré contre le capital. Ce qui a été possible à Cancún, le sera demain ailleurs à condition de construire de véritables majorités d’idées tant sur les objectifs que sur les méthodes.

Le rassemblement Larzac 2003 avait rendu la gauche institutionnelle nerveuse et la droite hystérique.

Elle a alors donné lieu à une campagne médiatique visant aussi bien l’extrême gauche que les mouvements sociaux qui font le pari de leur autonomie et de l’auto-activité des luttes. On se souvient des charges de Nikonoff, président d’ATTAC, mais aussi de quelques caciques du PS et des Verts s’inquiétant d’un retour en force du « gauchisme » et de l’anarcho-syndicalisme.

On a également en tête les arguments de la droite donnant dans le registre de l’injure en comparant José Bové à un maurassien et en qualifiant toutes celles et ceux qui contestent les prétentions de l’ultralibéralisme à des « néopoujadistes ».

L’échec du sommet de l’OMC les a laissé presque sans voix.

Car Cancún constitue un véritable signe d’espoir dans un océan de morosité marqué par les licenciements et la politique de contre-réforme de la droite et du Medef.

À Cancún, les États-Unis et l’Union européenne, qui envisageaient un accord conclu sur le dos des pays pauvres, sont ressortis de cette grande foire de marchandage la tronche en biais.

L’opposition à un accord qui aurait ruiné notamment des millions de paysan(ne)s a été possible grâce à la pression de la rue.

Les États du Sud ont fait capoter l’accord car leur faible assise démocratique ne leur permettait pas d’affronter de fortes tensions sociales et politiques qu’aurait suscité un accord scélérat sur le volet agricole notamment.

À l’OMC comme à l’ONU, les dirigeants européens ont montré leur vrai visage, celui de grandes puissances souhaitant d’abord se partager les richesses de la planète.

Pour une grande partie de la population de la planète, l’OMC est apparue pour ce qu’elle est une véritable officine de pillage de la planète.

Délégitimer les institutions

Ce résultat est le fruit d’un travail de déligitimation d’une institution mené par les organisations paysannes de Via Campesina (internationale paysanne à laquelle est affiliée la Confédération paysanne) et plus globalement par le mouvement altermondialisation. Ces mouvements ne se sont pas contentés de dénoncer les projets de l’OMC, ils les ont expliqué, décortiqué et surtout anticipé mais ont aussi proposé des alternatives.

C’est en fait le fruit de près de sept an de travail à l’échelle planétaire depuis la découverte du projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI).

C’est de ces méthodes exemplaires que pourraient et devraient s’inspirer les mouvements syndicaux de lutte français et européens pour combattre l’offensive actuelle du capitalisme sur les droits collectifs. En France, la défaite sur les retraites et l’isolement des intermittent(e)s permettent de mesurer le travail qui reste à faire pour reprendre la main. Et ce d’autant que les bureaucraties syndicales sont toutes à leur routine enfin retrouvée.

CGT et CFDT se réunissent de nouveau au niveau confédéral après leur mésentente sur les retraites. Ces retrouvailles peuvent paraître choquantes. Mais elles s’expliquent par le fait que l’appareil cégétiste a pris un tournant comparable au recentrage amorcé par la CFDT en 1978.

La FSU a fait sa bonne action de rentrée en convoquant une journée d’action de plus pour laquelle la plupart de ses adhérent(e)s n’ont pas jugé utile de se déplacer. Des dates dispersées de journées d’action dans plusieurs secteurs commencent à être proposées par la CGT. Circulez il n’y a rien à voir...

Pour autant cette routine ne vaut pas pour tout le monde. Les assemblées générales interpro ont laissé la place à des collectifs qui ont tenu de nombreuses réunions en septembre et qui comptent inscrire leur action dans la durée.

La priorité est à un travail d’information sur les projets du Medef et du gouvernement et à la construction de contre-discours et de contre-projets sur la protection sociale, l’emploi, les salaires... Car la première bataille à gagner est celle de l’opinion.

Cela passe donc par une plus grande anticipation des projets.

L’autre débat à mener porte sur les moyens d’action. Si la grève générale de transformation sociale est pour l’instant un objectif hors d’atteinte, cela ne signifie pas que les luttes syndicales soient condamnées à l’immobilisme. Les intermittent(e)s du spectacle posent la question de l’action directe au sens large (piquets de grèves tournants, actions de blocage, harcèlement des politiques et des médias...). Certain(e)s objecteront que le gouvernement a donné son agrément à l’accord « Medefdt » cassant leur statut et que leur lutte a été vaine. La lutte des intermittent(e) qui n’est pas finie souffre d’abord d’isolement. En revanche la stratégie de lutte retenue à permis de populariser leur combat et de créer un malaise dans la classe politique et les bureaucraties syndicales, ce qui constitue plus un atout qu’une faiblesse dans la perspective des luttes à venir.

Si un blocage de la culture réalisé par roulement constitue une gêne limitée, le blocage d’autres secteurs économiques pourrait avoir des conséquences plus désagréables pour le capital.

Comme le mouvement altermondialisation, le mouvement syndical a besoin d’une victoire contre la droite et le Medef pour reprendre espoir et confiance en ses forces. Il a le choix entre une stratégie qui allie autonomie, auto-organisation, action directe et un projet prônant une redistribution des richesses et d’autre part une politique d’accompagnement social thérapeutique des politiques libérales en cours.

Il a aussi la possibilité d’opter pour un débouché politique électoral et partidaire qui fera de lui un jouet au mains des partis de gauche et d’extrême gauche et le privera de sa capacité d’initiative.

L. E.

 
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