Colonialisme : Les faux-semblants de la droite

Version imprimable de cet article Version imprimable


Ces tentatives réactionnaires de la droite ne sont pas une simple « lepénisation » : forte, elle est décomplexée sur des sujets qu’elle n’osait plus aborder aussi fortement ces dix dernières années, mais qui font partie de sa vision politique.

La médiatisation et la mise en avant d’une problématique annoncée comme “coloniale” a pu paraître quelque peu gêner un Chirac qui essaye de rester dans l’histoire comme celui qui a fait avancer la reconnaissance par l’État français d’une partie de ses crimes. Suite à la médiatisation de l’article 4 et aux réactions en Algérie, le pouvoir algérien a été obligé de pousser à la remise en cause d’un “traité d’amitié , qui a en fait été reporté de quelques mois.

On a ainsi assisté début décembre à un jeu de dupes, voulant nous faire croire que cet article de loi ne serait qu’un passage en douce de parlementaires des plus réactionnaires, qu’il n’était pas question d’histoire officielle ou de néocolonialisme et qu’une commission mixte (parlementaire et historien(ne)s) travaillerait sur le rôle du Parlement dans la fabrique de l’histoire. Trois pas en avant, un pas en arrière… N’oublions pas que ce même Chirac déclarait dans les années 80 : "Je suis fier de l’œuvre coloniale de la France. Il n’ y a que les intello-gaucho-masochistes pour critiquer cela. C’est pourtant une image superbe de la France. Quand Jacques Médecin inaugure à Nice une place de l’Indochine, je dis qu’il a raison." (Libération du 12-03-1988), et puis le bruit et l’odeur…

Le Parti socialiste en porte-à-faux

Le Parti socialiste a donc pris, tardivement, fait et cause pour l’abrogation pure et simple de l’article 4, posant le 10 novembre dernier, en même temps que le PCF, une proposition de loi explicitant cette démarche. Si on s’intéresse de plus près aux motivations qui conduisent à demander cette abrogation, on trouve entre autres ceci : "La présence française outre-mer s’est étalée sur plusieurs siècles et a eu des effets divers. Certes cette présence a engendré des avancées dans le domaine des infrastructures, des équipements publics et autres, réalisées par le travail de travailleurs français et de ceux issus de ces territoires, mais il est difficile a priori, de ne les voir que sous leurs seuls aspects positifs et cela ne peut justifier en soi la colonisation. […] L’article 4 […] met en cause l’image et le rayonnement de la France".

Outre la volonté forte de ne pas parler du travail forcé des populations colonisées, ces passages doivent nous rappeler que la politique coloniale initiée et catalysée par Jules Ferry est l’apanage d’une gauche parlementaire à la fin du XIXe siècle, qui pousse vers les colonies contre une droite braquée sur la revanche et les Vosges.

C’est cette gauche qui a théorisé et poussé une "mission civilisatrice", et par la suite, quelle que soit la couleur politique du pouvoir étatique de la IIIe à la Ve République, les continuités consensuelles ont été permanentes en ce qui concerne l’aspect colonial, et la gestion néocoloniale (françafrique…).

Ce qui gêne le Parti socialiste dans cette loi n’est pas si clair que çà, puisque ce parti veut participer à la construction d’une vision du positif/négatif sur le champ colonial. Vision peu étonnante : ce débat sur la question des aspects ou du rôle positif (ce qui au final revient quasiment au même dans l’idée) n’est que la suite logique d’une croyance forte à gauche d’une action bénéfique, liée au processus de colonisation et qu’aurait représenté la "mission civilisatrice", transformée depuis en "francophonie" et en "coopération". Les liens sont évidents.

Et si le sondage CSA du 30 novembre pour Le Figaro doit être pris avec les gros gants habituels, il rappelle que la question est loin d’être réglée : ainsi on voit dans ce sondage que 57% des gens qui se disent de gauche et d’extrême gauche sont favorables au fait que soit indiqué par la loi que les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de la colonisation française… Georges Frêche, président de région socialiste, déjà connu pour ses propos racistes [1] et ses projets mégalomanes, s’en est encore donné à cœur joie en chantant en plein conseil régional un chant colonial, repris par les élu(e)s du Front national. Un épiphénomène ?

Alors revenons-en aux fondamentaux : le colonialisme est un système de domination, les historien(ne)s qui travaillent actuellement sur ses complexités, ne s’y trompent pas.

Pierre Laviec (AL Paris-Est)

[1C’est ainsi qu’il avait déclaré lors de l’inauguration du tramway de Montpellier que le centre-ville serait enfin relié à Tombouctou, comprenez la banlieue.

 
☰ Accès rapide
Retour en haut