Insécurité quotidienne : Aux Amandiers, on flique les flics

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Dans les quartiers des Amandiers (Paris XXe), saturé par le quadrillage policier, la mort d’un habitant, Lamine Dieng, dans des conditions suspectes a servi de détonateur. Tandis qu’un comité de soutien à la famille se bat pour la vérité sur sa mort, un comité de vigilance a entrepris de surveiller la police.

De quoi Lamine Dieng est-il réellement mort ? Pourquoi sa famille n’a-t-elle été prévenue que trente-six heures après son décès ? Pourquoi les médias ont-ils été aussi silencieux ? Pourquoi a-t-il fallu que des adolescents du quartier affrontent la police en marge d’un rassemblement le 7 juillet pour qu’un début de justice soit respecté ? Autant de questions que la famille de Lamine Dieng – jeune Français de 25 ans mort entre les mains de la police le 17 juin 2007 à Paris XXe – et son comité de soutien « Vérité et justice pour Lamine Dieng » [1] sont en droit de se poser.

C’est d’ailleurs à ce titre que la famille a rapidement porté plainte avec constitution de partie civile. Et pourtant il aura fallu 19 jours, avec un corps sans « statut » à la morgue, pour que, enfin, un juge d’instruction soit nommé, et qu’ainsi le contenu du dossier (donc de l’enquête policière ayant à ce jour conclu parait-il à une overdose) soit accessible à la famille. Dix-neuf jours pour que le bras de fer entre une famille, son comité de soutien, un quartier bouleversés, et une justice sourde prenne fin. Aujourd’hui, après une contre-expertise médico-légale dont les résultats sont attendus, Lamine est enfin enterré, au Sénégal, d’où sont originaires ses parents. La levée du corps s’est effectuée le 25 juillet dans le parking souterrain d’un foyer de travailleurs migrants.

Racistes et humiliants

Le quartier des Amandiers, dans le bas du XXe arrondissement, est l’un des derniers quartiers populaires de la capitale, composé de multiples identités sociales, culturelles, générationnelles. Le comité de soutien est au reflet de cette diversité. Le 24 juin, ce sont la famille et les ami-e-s de Lamine qui ont organisé une marche silencieuse, forte de plus de 1000 personnes, essentiellement des habitantes et des habitants du quartier. Depuis, les réunions hebdomadaires du comité de soutien, qui se tiennent dans le local de la Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés (Fasti), regroupent plus de 80 personnes et témoignent de la volonté que soit éclairci cet énigmatique décès, de la compassion pour ses proches, mais également de l’intérêt de chacun pour son quartier.

C’est ainsi que nous avons estimé nécessaire de créer, en parallèle du comité de soutien à la famille, un comité de vigilance local. En effet, avant même à la mort de Lamine Dieng, la police se comportait de manière inquiétante, voire dangereuse, notamment envers notre jeunesse, et sans par ailleurs empêcher quelque trafic que ce soit. Comme dans tous les quartiers populaires, les contrôles d’identité sont incessants, racistes et humiliants. Il va sans dire que les adolescentes et les adolescents sont en colère, ce qui leur vaut régulièrement arrestations et détentions.

Expérience américaine

À ce jour, le comité a instauré des marches nocturnes hebdomadaires à la fois pour « surveiller » la police et relayer les informations auprès de la population. Inspirés par l’expérience du comité contre les rafles de sans-papiers à Paris en 2005, nous allons recueillir des témoignages de victimes ou de témoins de violences policières. Le but est non seulement de permettre l’expression de la parole et la création d’un lien de confiance entre jeunes et moins jeunes, mais également de faire connaître la réalité du harcèlement que subissent une partie de la jeunesse, des familles et les résidents des foyers de travailleurs migrants, dans l’esprit de ce qui a pu être pratiqué aux États-Unis et en Angleterre au début des années 1980 [2]. Une chaîne téléphonique en cas d’urgence est aussi en cours de constitution, comme ce qui se pratique en cas de rafles à Belleville. Par ailleurs, pour financer les frais supportés par la famille de Lamine, des concerts sont prévus à la rentrée, organisés principalement avec les camarades de Solidarité résistance antifasciste (SRA).

D’autres initiatives seront élaborées ensemble. Aujourd’hui, ce qui importe, c’est de signifier aux valets armés de l’État qu’ils seront de moins en moins libres de brimer la population.

Cheryl (AL Paris nord est)

[22. Se reporter à ce propos au débat sur les Black Panthers au Forum social des quartiers populaires (http://rebellyon.info/article3981.html).

 
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