Heures supplémentaires : Marche ou crève

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La loi de débridage des heures supplémentaires, déclinaison du fameux slogan « travailler plus pour gagner plus » a été votée au mois de juillet. C’est une arnaque monumentale. Avec un peu de chance, le dispositif risque d’ailleurs d’alimenter les conflits sociaux. Explications.

Dans un pays qui compte trois millions de chômeuses et de chômeurs, c’est purement et simplement scandaleux de vouloir allonger la durée du travail de ceux et celles qui ont déjà un emploi, que ce soit en reculant l’âge de la retraite ou en débridant les heures supplémentaires. Par exemple, pour une entreprise de cinquante salariés, faire effectuer trois heures supplémentaires par semaine à chaque salarié revient à supprimer quatre possibilités d’embauche.

Avec son « travailler plus pour gagner plus », Sarkozy a séduit une partie des salarié-e-s, dont le revenu est trop faible. Ils et elles ne vont pas tarder à déchanter ! Ce slogan, c’est de la poudre aux yeux : il ne va rien rapporter aux travailleurs, et favoriser seulement le patronat.

Heures sup’ : les salarié-e-s n’ont pas le choix

« Travailler plus pour gagner plus », pourquoi pas, mais comment ? Avec la loi votée en juillet 2007, il n’y aura ni volontariat, ni gain réel de pouvoir d’achat. Quelques exemples :
- le principal problème des salarié-e-s aujourd’hui, c’est déjà de réussir à se faire payer les heures supplémentaires que bien souvent ils font à l’œil, de façon totalement illégale ! Là-dessus, évidemment, le gouvernement est muet ;
- l’employeur décide de qui fait ou ne fait pas des heures supplémentaires, les salarié-e-s ne peuvent ni les exiger ni les refuser ;
- l’employeur paiera moins de cotisations sociales sur les heures supplémentaires, creusant encore le déficit de la Sécurité sociale ;
- le gain de pouvoir d’achat est illusoire et de courte durée : quelques euros de plus, tandis que le salaire de base stagne, rapidement grignotés par la hausse du coût de la vie et, par exemple, des dépenses de santé. En effet : moins de cotisations sociales = déficit de la Sécurité sociale = politique de déremboursement et instauration d’une franchise médicale par le gouvernement.

La mesure est encore plus injuste pour les bas salaires :
- les allégements de cotisations sociales seront d’autant plus faibles que les salaires sont plus bas, ils aggraveront les inégalités ;
- les temps partiels ne pourront pas accéder au temps plein puisque seulement 10 % du temps prévu au contrat de travail pourra faire l’objet d’heures supplémentaires ;
- les salariés précaires et en contrats temporaires ne sont pas concernés par le projet ;
- certains secteurs bénéficient de dérogations pour rémunérer très peu les heures supplémentaires. Ainsi dans l’hôtellerie-restauration on est (officiellement, car en réalité c’est du pipeau) payé 10 % de plus de la 36e à la 39e heure ; 20 % de plus de la 40e à la 43e et 50 % de plus au-delà de la 43e. Ces secteurs resteront à l’écart de l’essentiel de la nouvelle loi.

La réforme ne s’adresse qu’à « ceux qui veulent travailler plus », assure le gouvernement. Voilà bien une ineptie digne de politiciens qui n’ont jamais trempé dans le monde du travail ! En droit et en fait, il n’est pas possible à un salarié de refuser des heures supplémentaires. Et pourtant, on s’en passerait bien ! Avec la souffrance au travail, les cadences toujours plus lourdes, le temps perdu dans les transports… Dès juin 2007, les ouvrières et les ouvriers l’usine Kronenbourg à Obernai (Haut-Rhin) ont fait quatre jours de grève pour que la direction de l’entreprise renonce aux heures supplémentaires obligatoires, accepte d’embaucher une trentaine de jeunes, et accorde une prime de 1 500 euros par salarié. Voilà un exemple à suivre. Espérons que cette loi de débridage des heures supplémentaires va provoquer moult conflits du même tonneau.

Lutter plus pour gagner plus

Il faut à la fois augmenter les salaires, baisser le temps de travail et créer des emplois. C’est le mouvement naturel, logique, historique, imposé par les luttes des travailleuses et des travailleurs. Lorsque la baisse du temps de travail est enrayée, le chômage explose, ainsi que les profits du patronat. En France, en 1980, 70 % de la richesse produite revenait aux salarié-e-s sous forme de salaires et de prestations sociales, et 30 % restait à disposition des patrons pour investissement et distribution aux actionnaires. Aujourd’hui, seulement 60 % reviennent aux salarié-e-s, le reste va aux capitalistes.

Une seule voie, pour les travailleuses et les travailleurs : la lutte constante pour l’appropriation maximale de la richesse qu’ils produisent. Un seul mot d’ordre : lutter plus pour gagner plus.

Guillaume Davranche (AL Montrouge) et Noël Morel (AL Paris Nord-Est)


Le dispositif

En vertu de la loi votée en juillet, à compter du 1er octobre 2007, les heures supplémentaires seront majorées de 25 %, même dans les entreprises de moins de vingt salariés, sauf dispositions contraires prévues par accord de branche ou d’entreprise.

Les cotisations sociales patronales sur les heures supplémentaires seront réduites, de façon à ce que le coût d’une heure supplémentaire ne soit pas supérieur à celui d’une heure normale.

Les heures complémentaires effectuées par les salariés à temps partiel seront exonérées dans la limite de 10 % de la durée de travail fixée dans le contrat de travail.

Le coût du dispositif serait de 5 à 6 milliards d’euros par an dont 2,5 à 3 milliards de suppression de cotisations sociales.

 
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