Italie : luttes contre la macdonaldisation de l’école

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Le gouvernement Berlusconi vient de programmer par la voie budgétaire la liquidation de l’emploi public dans l’Éducation nationale en conformité avec les projets de l’Organisation mondiale du commerce et les politiques libérales eurocratiques. Face à ces attaques les mobilisations professionnelles et interprofessionnelles se multiplient mais ne sont pas à la hauteur de la guerre de classe menée par la bourgeoisie italienne.

Récemment, il y a eu en Italie une forte reprise des mouvements étudiants, rassemblant les enseignants précaires, en constante augmentation, les étudiant(e)s et les lycéen(ne)s. L’étincelle est partie de la soi-disante “ réforme Moratti ”, qui est en fait une contre-réforme conduisant à l’enterrement définitif de l’université publique, avec la division par deux de l’effectif en personnel fixe, la précarisation du reste du personnel et l’introduction définitive des règles du marché dans le système universitaire qui devient une entité semi-publique.

Cette orientation ultralibérale fixée pour l’éducation et liée aux règles du marché capitaliste a déjà été introduite par le gouvernement précédent de centre-gauche, avec la réforme Berlinguer qui avait transformé de façon significative l’éducation à tous les niveaux et dans tous les cycles d’étude en “ formation ” (pour le marché du travail), en introduisant la logique du marché étrangère aux concepts de liberté de recherche et de didactique, en rétablissant également les mécanismes les plus vétustes du pouvoir académique universitaire, et détruisant définitivement un système scolaire passablement ouvert et pluraliste qui survivait comme résultat des réformes effectuées après les luttes de 1969 et des années suivantes.

Le 25 octobre a été la journée clou de la bataille contre le décret Moratti, qui était adopté ce même jour par le parlement, un parlement blindé à l’intérieur comme à l’extérieur. À l’intérieur parce que le gouvernement Berlusconi avait engagé la confiance envers le gouvernement sur le vote de ce décret, considéré par la droite comme l’instrument permettant d’en finir une bonne fois pour toute avec les “ communistes ” qui ont rempli les secteurs de l’enseignement à l’université (!) : c’est ainsi que s’expriment ces forces politiques qui ne supportent pas le pluralisme des idées et la confrontation.

Des choses bien pires ont été entendues dans l’enceinte du parlement, à travers les médias. Il suffit de penser que ce 25 octobre, tous les députés d’Alliance nationale (droite extrême), le parti du vice-président du conseil, issu du fascisme, sont sortis du parlement pour défier la foule des étudiant(e)s, des enseignant(e)s, des personnels précaires et des syndicalistes qui encerclaient l’édifice tenus à distance par les forces de police.

Revanche sociale

Nous avons pu voir dans beaucoup de journaux – de centre-gauche, naturellement – un aperçu des insultes de ces sinistres personnages et tout particulièrement celles d’une fasciste, la Santaché faisant un geste vulgaire signifiant : “ nous vous avons bien eu ”. C’est cette culture qui domine et sera malheureusement dominante à l’école, plus que jamais. Pour autant le fait du jour, c’était la participation d’au moins 50 000 personnes (chiffre validé de toutes parts, sauf dans les médias officiels qui parlent de 10 000 personnes).

La mobilisation a commencé pendant l’été. Des assemblées, des débats, des manifestations ont été organisés pendant deux mois jusqu’à cette journée du 25 octobre.

Alors que la loi est passée, il n’y a pas de doutes à avoir sur les alliés des ex-fascistes et des partisans de Berlusconi : comme hier on retrouve les églises et en premier lieu, l’Église catholique.

De toute façon les classes dirigeantes, et tout spécialement les milieux catholiques, ont déjà leurs structures de formation dans lesquelles elles investissent.

Si le volet scolaire de la loi de finances tenait tout particulièrement à cœur à l’Église catholique, il faut préciser que les coupes sombres touchent toutes les dépenses sociales. L’Italie qui compte déjà 30 % de sa population en dessous du niveau de pauvreté, voit croître l’écart (qui s’est énormément creusé sous le gouvernement de centre-gauche) entre la minorité qui possède la plupart des richesses et ceux et celles qui cherchent à survivre. En ce qui concerne ces derniers, on a l’habitude de dire en Italie qu’on ne fait pas à manger la dernière semaine du mois…

C’est dans ce contexte qu’a eu lieu le vendredi 25 novembre une grève générale (la cinquième depuis la formation du gouvernement Berlusconi) appelée par toutes les organisations syndicales pour protester contre les coupes budgétaires (20 milliards d’euros en tout et pour tout) décidées par le pouvoir et qui affectent les transferts financiers de l’État aux régions et aux communes. Cette grève a été suivie par des millions de travailleuses et de travailleurs dans les secteurs des banques, des transports, de la poste et des administrations publiques. Mais elle ne saurait constituer une réponse suffisante face à la violence des attaques patronales et étatiques, c’est pourquoi les communistes anarchistes pensent qu’il faut pousser plus loin le processus de confrontation.

Adriana Dadà (enseignante et militante de la Federazione dei comunisti anarchici)

 
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