IVe sommet des Amériques : sur le dos des pauvres

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Nos camarades argentins de l’Organisation socialiste libertaire reviennent sur le IVe sommet des Amériques qui vient de se tenir à Mar del Plata début novembre et qui a été marqué par les résistances opposées par plusieurs pays latino-américains à la libéralisation des échanges.

Le IVe Sommet des Amériques qui s’est tenu dans la ville argentine de Mar del Plata les 4 et 5 novembre derniers a donné lieu à une réunion des gouvernants du continent, organisé par l’OEA (l’Organisation des États américains) pour discuter de la signature de l’Accord de libre commerce des Amériques (ALCA) et à tout le moins du traité de libre commerce (TLC) entre les États-Unis et les pays latino-américains, mais aussi pour exiger des latino-américains le paiement de la dette externe, garantir les projets de pillages des ressources naturelles et les plans de militarisation et d’occupation qui passent par le déploiement d’infrastructures militaires et civiles sous contrôle des États-Unis et la politique génératrice de pauvreté et d’exclusion sur le continent depuis des décennies.

Le Ier sommet des Amériques s’est tenu à Miami en 1994, le IIe à Santiago du Chili en 1998, le IIIe à Québec en 2001, et avant le IVe un sommet extraordinaire a été organisé à Monterrey (Mexique). Dans tous ces sommets, il a été question de renforcer un ensemble de liens entre les pays qui garantissent pour de nombreuses années l’Accord de Washington, signé dans les années 90. C’est la politique du néolibéralisme économique, celle qui a imposé les lois de flexibilisation du travail et a remis en cause les conquêtes historiques de la classe ouvrière. C’est la politique qui a imposé les privatisations, celle qui a permis aux entreprises privées et aux organismes multilatéraux de crédit (Banque mondiale, FMI, etc.) d’avoir une prédominance absolue sur les intérêts de la population.

Un repaire de brigands

Ce qui se joue est la signature d’accords commerciaux inégaux entre les États-Unis et les pays pauvres de la région. Il s’agit de contrôler militairement tout le continent en invoquant “ la sécurité face à la menace terroriste ”. Lors de ces sommets se discutent des politiques pour contrôler et restreindre les migrations et tout spécialement celle qui a pour objet le travail. Le but est que les travailleuses et les travailleurs aspirant à émigrer restent dans leurs pays d’origine en acceptant des conditions sauvages d’exploitation. En échange, les entreprises et leurs capitaux peuvent circuler sans restriction à travers tout le continent, de telle façon que lorsqu’un pays a été suffisamment pillé, les entreprises se tournent vers un autre pays. Sur les photos, les présidents et les chefs des gouvernements américains sourient et parlent du caractère fantastique des traités qui se négocient lors des sommets pour nos peuples. L’abîme qui existe entre les discours des hauts fonctionnaires et les effets que ces accords auront sur nos vies est mis en évidence quand on observe le déploiement militaire phénoménal qui protège à chaque fois les négociateurs.

Mobilisations pour un autre futur

Parallèlement aux sommets des gouvernants a émergé un espace de convergence des mouvements sociaux et politiques de toute l’Amérique qui résistent à l’annexion du continent par les États-Unis. C’est l’espace du Sommet des peuples convoqué à l’échelle de l’hémisphère Sud par la Campagne continentale de lutte contre l’ALCA et l’Alliance sociale continentale, qui s’est tenu en parallèle à Mar del Plata du 1er au 5 novembre. Le sommet a consisté en une série d’activités : ateliers, débats, manifestations artistiques et forums par secteurs. Il s’est articulé autour de plusieurs axes :

- face au libre commerce ;

- pour l’intégration des peuples ;

- face à la militarisation et à la guerre : renforcer la souveraineté et l’autodétermination ;

- face à la pauvreté et à l’exclusion : accroître le travail et revendiquer la redistribution des richesses.

Les sommets des peuples ont servi de lieu de construction de réseau pour la discussion sur un autre futur dans la région, ils ont permis de générer des liens entre les peuples, d’apprendre des expériences des autres luttes, de renforcer le niveau d’organisation. Le IVe Sommet des Amériques à Mar del Plata s’est prononcé en faveur de l’ALCA mais a dû faire face à une résistance de la part des pays du Mercosur et du Venezuela. Le président vénézuélien, Hugo Chavez, s’est transformé en porte-parole de la résistance à la signature de l’ALCA. La séance de clôture du Sommet des peuples au cours de laquelle Hugo Chavez a pris la parole et la surmédiatisation des affrontements de rue dans la ville ont masqué un fait fondamental : le mouvement de résistance à la mise en œuvre de l’ALCA et des politiques nord-américaines dans la région appartient aux populations latino-américaines.

Dans ce sens, les libertaires ont participé aux manifestations et aux débats. Et nous disposons de notre propre espace de discussion et d’initiatives au niveau du continent à travers la Rencontre latino-américaine des organisations populaires autonomes qui se tiendra en février 2006 à Montevideo (Uruguay). La construction d’une alternative révolutionnaire au projet impérialiste est dans une phase ascendante et les anarchistes en sont une des composantes.

Organisation socialiste libertaire, journal En la Calle

 
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