Pape à Paris : Un tapis rouge et noir pour sa sainteté

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Les 12, 13 et 14 septembre prochain Benoît XVI sera en France, invité par le Président/Chanoine Nicolas Sarkozy. En 10 ans c’est la première visite en France du chef du Vatican.

Lors du discours qu’il a donné en décembre 2007 en la basilique de Saint Jean-de-Latran à Rome, Nicolas Sarkozy a pu préciser ses vues sur le rôle que l’Église et la religion (quelles qu’elles soient) devraient avoir dans la société.

Il y a défendu une « laïcité positive » qui ne devrait pas avoir « le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes ». Selon lui « dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé » [1]. Il s’est permis « de souffrir avec ceux qui ont souffert [...] des lois de la séparation de l’Église et de l’État, [...] comme jamais il ne l’a fait avec aucun sans-papiers ou autre insignifiant du pays. » [2]

Que le petit Nicolas ait ses croyances personnelles, grand bien lui fasse ! Grâce à cette laïcité qu’il attaque, personne ne viendra l’en empêcher ! Mais qu’en temps que Président (un fait sans précédent), et donc au nom de la population française, il fasse de telles déclarations et qu’il invite ensuite le pape Benoît XVI, institutionnalisant ainsi le dialogue entre l’État et une Église opposée à des libertés individuelles fondamentales, constituent des attaques intolérables contre la laïcité.

Sans le latin...

Ceci est d’autant plus problématique que Benoît XVI, Joseph Ratzinger pour les intimes, est plus réactionnaire que ses prédécesseurs. Par exemple, pour des raisons de politique interne à l’Église mais aussi pour chercher à enrayer le vieillissement et la diminution du clergé, Benoît XVI n’a pas hésité à réintégrer au sein de l’Église la très intégriste Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. D’ici peu on pourrait même assister à une réforme du Concile « Vatican II » de 1962, considéré comme un « tournant humaniste » de l’Église Catholique et qui a imposé la messe en langue vernaculaire : à croire que Benoît XVI aussi trouve que sans le latin la messe nous emmerde.

L’abus de religion nuit gravement à votre utérus

Cette visite est aussi un signal envoyé aux femmes et à l’acquis le plus emblématique des luttes féministes : le droit à l’avortement. La visite de Ratzinger s’effectue à un moment où, dans le monde et en Europe, ce droit est attaqué sans relâche [3] avec l’aide [4] et pour le plus grand bonheur des intégristes religieux.

En France, alors que 40 % des femmes auront recours à l’IVG dans leur vie, les services hospitaliers qui le pratiquent ont toujours été sous financés et en sous effectifs. Aujourd’hui, en plus des idées reçues sur le « traumatisme » de l’IVG, il devient matériellement de plus en plus dur d’avorter. Et cela ne va pas s’améliorer si rien n’est fait pour arrêter les réformes de la santé et la fermeture des hôpitaux et maternités de proximité.

Cette invitation de l’État français est un appel du pied à la religion et un symbole fort que le mouvement social aurait tort de sous estimer. Dès maintenant préparons un tapis rouge et noir pour Benoît XVI !

Rémi (AL Paris Sud)

[11. « Discours de Nicolas Sarkozy au Palais du Latran », jeudi 20 décembre 2007

[22. « L’inquiétant pacte de Sarkozy au Vatican », http://contrejournal.blogs.liberation.fr - consulté le 21 juin 2008

[33. Pour les pays où c’est un « acquis » ! Voir la carte « Le droit à l’avortement dans le monde » sur www.monde-diplomatique.fr.

[44. « Vers un front international réactionnaire », Alternative libertaire n°173

 
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