SNCF : quel bilan de la grève reconductible ?

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Des camarades cheminots d’Alternative libertaire reviennent sur la récente grève de la SNCF du 21 novembre et en tirent les enseignements.

La grève à la SNCF intervenait dans un contexte social particulièrement tendu, avec des possibilités de faire la jonction avec d’autres luttes dans le secteur des transports : grève dure de la RTM, intervenant dans la foulée de celle de la SNCM, préavis à la RATP le 23 novembre.

La réussite de la manifestation services publics le 19 novembre était de bon augure. D’autres secteurs allaient également entrer en lutte : grève des stagiaires avec Génération précaires le 24, Éducation nationale le 24, Finances le 29... Enfin, hasard du calendrier, la grève à la SNCF débutait le jour même de la prorogation de l’état d’urgence de 3 mois… Bref, toutes les conditions étaient réunies pour que le gouvernement redoute particulièrement cette grève débutant dix ans après celles de 1995.

Contrer la privatisation rampante

L’énarque Gallois et le ministre Perben ont beau dénoncer la prétendue absence de privatisation rampante, les exemples du Sernam, de la CNC et du fret démontrent le contraire. La SNCF est à un tournant structurel, car avec le charcutage de la SNCF en quatre branches distinctes, la gestion par activités, les filialisations, c’est le démantèlement de l’entreprise intégrée qui est en jeu. Que ce soit les accords européens de Barcelone signés en mars 2002 par Chirac et Jospin, le Projet industriel, et le colloque de Zurich – où se sont retrouvés en novembre Gallois, Pépy et les centaines de directeurs d’établissements laissant libre cours à leurs fantasmes : “ remise en cause du droit de grève ”, “ et si on passait aux 42 heures ”, “ en finir avec la vache sacrée de la sécurité ” –, tout cela confirme les craintes des cheminot(e)s sur la volonté politique d’éclatement de la SNCF, au profit des intérêts privés.

En effet, le secteur des transports, avec d’autres secteurs clefs (énergie, télécommunications, poste, santé…), est au cœur de l’offensive libérale de privatisation des services publics à l’échelle européenne et mondiale. À la mesure des enjeux majeurs qui attendent les cheminot(e)s, il faut souligner que jamais il n’y avait eu d’appel à la grève reconductible dans les grandes grèves de 1995, 1986 ou même en 1968 !

Enfin, les fédérations CGT, SUD-Rail, FO et FGAAC ont mesuré les limites des successions de grèves “ carrées ” de 24 heures, simples manifestations de forces sans lendemain puisqu’elles n’ont troublé en rien la direction. L’échec et l’inanité de l’accord sur “ la prévention des conflits et l’amélioration du dialogue social ” signé il y a à peine un an par les fédérations – à l’exception de SUD-Rail et de FO – est flagrant. De plus, la direction avait ouvert les hostilités quelques mois auparavant avec un chantage sur un accord sur l’intéressement, où CFDT et CFTC s’étaient embourbées dans le piège de la division syndicale.

Temps de grève, tant de rêves

Cette fois, la détermination unitaire d’engager un conflit dans la durée a pesé. Il est en effet inédit que le chef de l’État se fende d’une déclaration dès le premier jour pour jurer qu’il n’y a aucune volonté de privatiser la SNCF, alors que dans le même temps EDF faisait son entrée en Bourse. De plus, l’ouverture de négociations dès le 22, certainement sous la pression du gouvernement, est une première. En une seule journée de grève reconductible, les quelques avancées obtenues constituaient beaucoup plus que toutes les journées d’action précédentes. La volonté de déminer le terrain rapidement est évidente. La stratégie de la grève reconductible est une victoire politique indéniable.

Alors que le droit de grève est remis en cause (cf. arrêt sur la grève à la RTM, menaces de loi sur le “ service minimum ”), l’enjeu de cette grève reconductible était de taille. D’autant que plus de 50 000 jeunes agents n’ont pas connu la grève de 1995 avec une expérience concrète des assemblées générales et des mouvements intercatégoriels. Les méthodes de management, les restructurations en cascade, les fermetures de foyers ont également comme objectif inavoué de casser les traditions de solidarité et de luttes, d’individualiser au maximum les rapports entre agents.

Nous n’avons pas pu profiter pleinement du temps de grève, qui est un temps hors norme, où l’auto-organisation, la démocratie directe, la coordination des luttes peuvent être expérimentées concrètement. C’est aussi un temps d’action et de solidarité : piquets de grève, actions de débrayage, manifestations, caisse de grève… C’est un temps où le débat de fond sans entraves peut être rendu possible, à la condition que la parole ne soit pas confisquée. C’est enfin un temps où les salarié(e)s peuvent s’extraire des rapports d’aliénation, de domination quotidiens pour réfléchir à leur travail, élaborer leurs revendications.

Tout et son contraire a été dit sur cette grève. Il faudra d’ailleurs que les organisations syndicales réfléchissent au poids de la bataille de la communication. Ainsi, la mise en scène médiatique de la sortie de la négociation du 22 a sonné avec un écho formidable le temps de la reprise, alors que la bataille était à peine engagée et que les AG se réunissaient le lendemain pour décider de la poursuite ou non du mouvement.

Poursuivre l’action

Le résultat peut être jugé insuffisant mais cette lutte a redonné confiance dans l’action collective intercatégorielle, dans le fait de renouer avec la pratique des AG, des piquets de grève. Ces acquis de la lutte permettront aux militant(e)s lutte de classes de consolider le rapport de force pour préparer les prochaines mobilisations, car quantité de projets sont suspendus pour quelques mois, le temps pour la direction de passer la période des élections professionnelles en mars 2006. Seule l’action de masse permettra de contrer la politique de la SNCF, du gouvernement et de l’Europe libérale.

Des camarades d’AL Rail

 
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