Afrique du Sud : L’ANC ravagé par le pouvoir

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Emblème de la lutte anti-apartheid et détenteur du pouvoir sud-africain depuis 1994, l’ANC, parti de Nelson Mandela, a connu en octobre 2008 une scission éprouvante.

L’African National Congress (ANC) s’est, ces dernières années, englué dans des querelles intestines pour le pouvoir, qui ont abouti à une scission historique. Officiellement, celle-ci s’est faite entre une aile droite menée par Thabo Mbeki, président de la république jusqu’en octobre, et une aile gauche dirigée par Jacob Zuma, adversaire du virage néolibéral de Mbeki.

Zuma, impliqué dans une affaire de corruption, avait été limogé de la vice-présidence sud-africaine en 2005 par Mbeki. Criant au complot, il avait alors engagé une bataille pour conquérir la présidence de l’ANC, première étape avant la conquête du palais présidentiel. Mission accomplie fin 2007. À partir de là, la nouvelle direction du parti n’a cessé d’entrer en conflit avec le président Mbeki. Sur la question du Zimbabwe, par exemple, Mbeki soutenait le président Mugabe tandis que l’ANC prenait le parti de l’opposition. Ces conflits ont fini par aboutir à la démission du président Mbeki en octobre 2008. Peu après, ses partisans, emmenés par Mosiuoa Lekota, scissionnaient de l’ANC et formaient le Congress of the People (COPE).

La bataille des clones

En réalité, comme le soulignent les communistes libertaires de la Zabalaza Anarchist Communist Federation (ZACF, Afrique du Sud), les deux partis sont des clones qui ne voient le peuple que comme une masse de manœuvre pour conserver le pouvoir [1]. L’ANC ne s’est d’ailleurs jamais vraiment préoccupé du peuple. Créé en 1912 par la bourgeoisie noire soucieuse de sauvegarder ses intérêts, ce n’est qu’à partir des années 1950 qu’il s’est auto-proclamé représentant du peuple, tout en cherchant à instrumentaliser ses luttes pour prendre le pouvoir. Chose faite en 1994. Les deux factions ont collaboré au sein de gouvernements au caractère autoritaire et antidémocratique, au mépris des intérêts du peuple.

Par exemple, même si la dérive libérale de la politique économique sud-africaine est imputable à Mbeki, et a pu permettre de faire apparaître Zuma comme le champion des pauvres, les deux parties communient en réalité dans la soumission aux lois du marché, ignorant cette phrase de la Charte de la liberté, texte anti-apartheid de 1955 énonçant que « le peuple se partagera les richesses du pays ».

Les deux factions partagent également le goût du nationalisme et de l’ethnicisme : ainsi, l’identité zouloue a été utilisée au sein de l’ANC par la « gauche » du parti. La scission tient donc surtout dans des querelles de personnes, notamment entre Mbeki et Zuma, querelles motivées par l’aspiration au pouvoir. Pour la ZACF, l’ANC n’a certes jamais été une organisation révolutionnaire, mais elle offre un bel exemple de la dérive que connaît inévitablement un front de libération une fois parevnu au pouvoir.

Vincent Nakash (AL Paris-Sud), avec la ZACF

[1Lire l’article de la ZACF, « Anarchism, Ethnicity and the Battle of the ANC Clones » sur le portail rouge et noir international www.anarkismo.net.

 
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