Culture

Alternative International Movement : « être plus ouverts aux diverses contre-cultures »

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Un réseau promouvant les contre-cultures est né récemment à Paname mais ses ramifications s’étendent bien au-delà. L’Alternative International Movement (AIM) cherche à jeter un pont notamment entre les scènes musicales (punk, streetpunk, redskin, harcore) et le militantisme. Après deux ans d’existence, Alternative libertaire a rencontré l’AIM, l’occasion pour eux de nous présenter le réseau et de faire un bilan d’étape.

Alternative libertaire : Salut, Vous pouvez nous dire ce que c’est que l’AIM ? Pourquoi un nouveau sigle  ? Comment s’est faite la rencontre et l’alchimie entre vous  ?

AIM : L’AIM est un réseau international dont le but est de promouvoir les cultures underground avec un axe très militant. On voyait apparaître plein de collectifs dans le monde avec une nouvelle génération et une volonté de créer des liens pour être plus forts et plus fortes.

Pour le nouveau sigle, actuellement, il n’y a plus vraiment de structures mélangeant militantisme et contre-culture. Quant au fait que l’on n’ait pas repris le flambeau d’un ancien collectif, la raison est assez simple  : ces orgas étaient autodissoutes depuis un moment et nous souhaitions, tout en gardant notre identité, être plus ouverts aux diverses contre-cultures.

Les rencontres se sont faites au fur et à mesure des manifs, concerts et autres activités militantes. A force d’en discuter en­tre nous, l’idée de fonder un collectif a fait son chemin, et quelques années plus tard, l’AIM a vu le jour. On peut ajouter que les événements de 2016, la loi Travail, ont clairement été un élément déclencheur.

Après plus de deux ans d’existence quel bilan tirez-vous de l’AIM  ?

Très positif, beaucoup de sections ont rejoint le réseau et d’autres se sont montées  ! Beaucoup de concerts et sound syst’AIM de soutien aussi bien dans des squats que des facs occupées, des campagnes de soutien (à des grèves, aux exilé·es, etc.). Plusieurs collectifs sont aussi investis dans des centres sociaux, des Besetzhaus, des firms d’ultras antifa, des Brigades de solidarité populaire etc.

Concerts et politique, ça marche toujours ensemble  ? Sur Paris pendant des années la CNT faisait le lien entre ces deux univers, maintenant c’est un peu moins le cas.

Oui, cela va toujours de pair surtout dans nos mouvances, principalement punk et skin, mais pas que. Ainsi, la scène hardcore française commence – enfin – à mettre aussi en pratique ses lyrics avec des concerts antifascistes ou de soutien à des grèves. La CNT faisait effectivement ce lien, mais à la fin des années 2000, il y a eu beaucoup de dissensions en interne qui ont conduit à une crise dont le syndicat ne s’est pas complètement relevé et ont eu, parmi d’autres, pour conséquence une certaine rupture entre le militantisme et la contre-culture.

Ce besoin de repolitiser un peu la scène, c’est venu d’un constat d’essoufflement  ? C’était plutôt un renouvellement générationnel ou le symptôme d’un mal plus profond  ?

Dans l’Hexagone, car ailleurs le constat n’est pas le même, loin s’en faut, il y a eu une rupture au tournant des années 2000. Les collectifs qui voyaient la scène comme une contre-culture s’arrêtaient (Rash, Scalp, etc.). Les raisons sont multiples  : non-renouvellement générationnel, volonté pour les nouveaux et nouvelles de passer à autre chose, phénomène de mode, manque de «  locomotive  », etc. Il fallait, à notre sens, recentrer un peu sur le fait que, dans cette scène, nous ne sommes pas seulement spectateurs ou spectatrices, mais aussi acteurs et actrices.

Et puisque l’on parle de renouvellement générationnel, 2016 a été un «  wake-up call  » comme disent les Anglo-Saxons. Beaucoup de kids arrivaient mais ne trouvaient ni groupe de leur génération ni collectif mélangeant musique et politique. Il y avait donc une volonté forte d’aller dans ce sens. D’ailleurs, l’âge moyen dans nos sections est assez jeune même si certaines anciennes et certains anciens sont toujours là.

Il nous paraissait donc essentiel de reconnecter notre contre-culture aux différentes luttes en cours (gilets jaunes, exilé·es, anti-rép, grèves). Ce n’est pas la première fois que des collectifs se créent pour redynamiser la scène, et il y en aura d’autres.

Dans AIM il y a «  Alternative  ». C’est quoi pour vous la culture alternative ?

La culture alternative désigne pour nous une culture qui développe ses propres réseaux de com’, d’organisation, d’information. Une culture qui se positionne contre les récupérations bourgeoises des cultures populaires. Une culture qui propose d’autres façons de faire la fête que dans des espaces chers, excluants. Pour nous les événements culturels ne devraient pas être des actes de consommation, mais des événements communs où chacune et chacun est à la fois spectateur et actrice, et par les caisses de soutien participe à l’émancipation des groupes sociaux opprimés.

Vous êtes skins & punks, internationalistes, antifascistes, mais il y a également une forte implication antisexiste chez vous. Vous pensez qu’il y a eu un relâchement sur ces questions-là dans la scène punk-redskin  ?

Oui, un relâchement sur les questions du sexisme et même de l’homophobie, nous avons pu le constater plusieurs fois dans les concerts. Il était important d’agir dans ce sens, ce que l’on faisait déjà individuellement, mais maintenant on peut agir collectivement et se passer le mot entre nous.

Pour le virilisme, il est déjà fortement géré par d’autres ainsi que par nous-mêmes. La conscience de l’autre s’est déjà plutôt bien ancrée cette dernière décennie. Ces accusations sur le milieu sont plutôt infondées de nos jours et c’est tant mieux. Les pogos violents ne sont agréables pour personne, et ne sont plus l’apanage du mouvement punk. On tient à préciser que si nous sommes dans la scène punk-redskin, nous sommes aussi dans la scène HXC, le graffiti, le stade etc.

C’est quoi vos projets quand on pourra à nouveau faire des concerts ?

Plein de choses sont en suspens du fait de la situation, mais nous les gardons sous le coude pour de futurs projets. Nous sommes en train de mettre plusieurs choses sur pied, les discussions sont en cours, en montant un collectif interorgas sur Paname. Nous essayons aussi de développer des réseaux d’informations sur internet (chaine youtube, site Web).

Et pour finir, vos coups de cœur musicaux post-confinement ?

Restraining Order, Torso, G.L.O.S.S, Power Street Attack, Haram, Syndrome 81, Traitre, Zone Infinie, Secteur Pavé, Fuerza Bruta, Non Servium, Opció K 95, Nada, Badwill, Litige, Get The Shot, Action Sedition, Jodie Faster, Have Heart, xBreak Outx, Omixlh, Waste, Flush, Krav Boca et aussi The Sambas et Rock’N’Bones ! Héhé

Propos recueillis par David (UCL GPS)

 
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