Antipatriarcat

Eric Dupond-Moretti :un violeur à l’intérieur, un complice à la justice

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«  Un violeur à l’Intérieur, un complice à la Justice  »  : un slogan parmi d’autres que l’on pouvait entendre dans les manifestations féministes qui ont eu lieu un peu partout en France lors de l’annonce du gouvernement Castex. En ce qui concerne Darmanin, accusé de deux viols, la cause est entendue. Le nouveau garde des Sceaux se prétend quant à lui «  féministe  ».

S’il n’y a rien à attendre de particulier de la nomination d’un gouvernement, l’annonce de la nomination de Gerald Darmanin et d’Éric Dupond-Moretti à deux ministères clés que sont l’Intérieur et la Justice a fait l’effet d’une douche froide aux militantes féministes. La présence de ces deux ministres ne sera, qui plus est, absolument pas contrebalancée par la ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes (entre autres attributions), Élisabeth Moreno, une cadre dirigeante de multinationales qui croit à la «  complémentarité des hommes et des femmes  » et à la fatalité des blagues sexistes à la machine à café.

Dupond-Moretti, nouveau ministre de la Justice, défend vigoureusement son collègue Darmanin (au nom de la présomption d’innocence dont on rappellera que ce n’est pas la question  [1]) et accuse les féministes de l’être trop. Il a pu ainsi déclarer  : «  Je suis pour le combat féministe, pas pour le combat féministe mené par certains, certaines qui se comportent comme des ayatollah.  » Dupond-Moretti dessine en creux ses conceptions simplistes du féminisme  : celui qui dérange l’ordre établi d’une part, et le féminisme gouvernemental de droite d’autre part. L’avocat se range résolument dans ce dernier camp.

Un avocat antiféministe

Sa carrière d’avocat lui a donné des occasions de montrer son antiféminisme. En 2018, il déplorait «  l’hystérisation  »  [2] du débat public, de façon générale. Et déclarait «  que siffler une femme, ça devienne une infraction pénale, c’est ahurissant. La bienséance doit régler ça, pas la loi. Nous savons toutes qu’en matière de sexisme, le rappel aimable aux hommes des règles de la bienséance est d’une grande efficacité. Pas sûr que les amendes soient plus efficaces sans prévention  ».

Il s’est également moqué du terme féminicide, et critique #Metoo en ces termes  : «  #Metoo a permis de libérer la parole et c’est très bien. Mais il y a aussi des “folasses” qui racontent des conneries et engagent l’honneur d’un mec qui ne peut pas se défendre, car il est déjà crucifié sur les réseaux sociaux.  » On cherche encore le nom de célébrités accusées à tort.

Dans les affaires de viol, la stratégie de défense qu’il emploie consiste classiquement à affirmer que la victime était consentante. Après tout, avocat, son travail consiste à essayer de disculper son client. Cependant rien ne l’oblige à maltraiter les victimes. En défendant Georges Tron à son procès, il avait déclaré  : «  à 30 ans, on n’est pas une potiche incapable de dire non à un homme qui vous prend le pied  ».

Après son entrée au gouvernement, Muriel Salmona (Association Mémoire traumatique et victimologie) tirait le bilan de ses années de plaidoirie  : «  Il s’est illustré par la non-prise en compte de tout l’aspect psychotraumatique des victimes et son attitude très maltraitante dans les prétoires vis-à-vis de ces dernières. Au-delà de toutes ses sorties tonitruantes sur l’outrage sexiste, c’est un homme qui véhicule toute la culture du viol. C’est un très mauvais signal envoyé aux victimes.  »

Solidarité masculine

Dès sa nomination, Dupond-Moretti a pourtant affirmé être pour l’égalité totale des droits entre les hommes et les femmes et être donc féministe. Le problème est que nombre de maltraitances faites aux femmes ne se règlent pas par l’égalité des droits, fut-elle totale. Le cas des violences est emblématique  : personne n’a le droit de cogner ou de tuer la personne qui partage sa vie. Pourtant, le système policier et judiciaire d’une société patriarcale permet aux hommes de le faire. Ce n’est donc pas une évolution du droit qui suffit (en droit, les femmes sont aujourd’hui à peu près les égales des hommes), mais par une remise en cause bien plus fondamentale du système patriarcal qui produit et légitime l’oppression.

Ses premières interventions devant l’Assemblée nationale ont révélé l’étendue de son ignorance en matière de violences faites aux femmes. Interrogé en commission des lois sur le faible taux de condamnations des auteurs de viols et tentatives, il s’est interrogé sur la provenance des chiffres produit par son propre ministère et a mis en doute leur réalité «  [3].

C’est sur la disparition ou pas et l’utilisation des cours d’assise qu’il pourra prouver son engagement contre les violences sexistes et sexuelles. Les cours d’assises (quel que soit par ailleurs le mal qu’on pense de la justice de classe) sont caractérisées par un temps long, des débats complets et un jury populaire. Faute de moyens, des affaires sont correctionnalisées (sous-qualifiées) pour passer en tribunal correctionnel ; essentiellement les affaires de viol, qui sont alors traitées comme des agressions sexuelles. Une expérimentation est en cours et a été récemment élargie avec des cours criminelles qui jugent les crimes passibles de 15 à 20 ans d’emprisonnement, parmi lesquelles se trouvent les viols.

L’avocat Dupond-Moretti a affirmé être attaché aux cours d’assises  ; il faudra juger le ministre sur pièce. Premier embryon d’un changement de politique  : il a réaffirmé son engagement contre les violences sexistes. La «  répression  » contre les hommes auteurs de violences de couple est une de ses priorités  : «  Je veux que les hommes suspectés de violences conjugales, s’ils ne sont pas déférés, soient convoqués par le procureur et reçoivent un avertissement judiciaire solennel.  »

Le nouveau gouvernement est antiféministe. Nommer un ministre accusé de viol (procédure en cours) et un masculiniste notoire constitue un message limpide  : les violences commises sur les femmes par les hommes, je m’en fous. Je blablate un peu, c’est à la mode, et je suis d’abord un produit à la mode. Mais ce qui m’importe surtout c’est la solidarité entre couillus. Blancs et nantis.

Christine (UCL Sarthe)

[1Les avocats du ministre de l’Intérieur n’ont jamais démenti le fait qu’il a eu une relation sexuelle avec une femme lui demandant de l’aide pour blanchir son dossier judiciaire en 2009, et qu’il a ensuite écrit une lettre à la garde des Sceaux de l’époque. Ils démentent cependant tout échange. «  Darmanin a-t-il admis l’échange de rapports sexuels contre une promesse de passe-droit  ?  », Libération, 21 juillet 2020.

[2Hystérique : tendance aux manifestations émotives spectaculaires, origine du mot : utérus

[3 Pour 100 viols et tentatives, une seule condamnation : Dupond-Moretti a-t-il raison de douter de ce chiffre  ?  », Libération, 22 juillet 2020.

 
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