Antifascisme

Rentrée : qui sont les fafs à l’assaut des facs ?

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Agressions, déblocages de facs et de lycées, saccage de local syndical et fichage de militantes et militants... Le mouvement social étudiant se retrouve confronté à l’extrême droite de façon récurrente et violente. Comment lui-faire face  ?

Pour faire face à l’extrême droite, il convient de jeter un bref coup d’œil sur les organisations auxquelles le mouvement étudiant est confronté ces dernières années. Hormis les groupuscules spécifiques à certaines villes, qui peuvent exister ici et là, on peut en remarquer principalement trois.

La Cocarde : « syndicat » étudiant se revendiquant souverainiste et gaulliste, c’est une organisation où se côtoient de nombreux nationalistes, notamment du Rassemblement national (RN), de Debout la France (DLF) ou des Républicains. En lien avec l’Action française et d’autre groupuscules plus radicaux, elle ne rechigne pas à utiliser la violence pour débloquer les facs en lutte et agresser des étudiantes et étudiants qui s’opposent à leurs revendications réactionnaires.

C’est probablement elle qui a le plus causé soucis ces dernières années dans les facs, notamment à Nanterre (92), où elle a tenté de s’implanter toute l’année. Entraînant tensions et agressions, de son propre fait ou grâce à ses alliés comme les Zouaves Paris.

On peut également noter que malgré sa participation aux violences d’extrême droite et ses idées réactionnaires et élitistes, la Cocarde tente de garder une image d’organisation respectable, victime des violences «  gauchistes  » et gardienne du droit d’étudier. Portant le seul cortège politique apparent de la manifestation Marchons Enfants, elle n’hésite pas non plus à tourner de grands clips de propagande et à mettre un discours de Martin Luther King en fond sonore pour se donner de la contenance.

Action française (AF) : l’organisation royaliste et nationaliste, qu’on ne présente plus, continue à avoir une présence dans les universités. Ses membres participent aux attaques d’universités bloquées ou occupées et aux agressions diverses contre des étudiantes et étudiants mobilisés, ou encore pour débloquer les lycées.

Union nationale inter-universitaire, auquel le Mouvement des étudiants est associé (Uni-Met) : en perte de vitesse, se faisant remplacer par la Cocarde qui rassemble plus largement et est plus radicale, les deux organisations peuvent parfois faire preuve de rivalité, d’autant plus que la Cocarde s’est créée avec des anciens de l’Uni. Cette organisation semble moins habituée à la violence que les précédentes ou, du moins se fait plus discrète, mais reste une force réactionnaire capable de nuire là où elle a pu se maintenir.

Un constat s’impose  : si la présence des groupes fluctuent en fonction des périodes et des lieux, là ou ils sont implantés, leur pouvoir de nuisance à l’encontre des mouvements sociaux et des militants progressistes et révolutionnaires est réel. Face à cette menace, comment construire des contre-pouvoirs antifascistes, notamment syndicaux, sur nos lieux d’études  ? En tant que militantes et militants de ces lieux d’études, il nous semble tout d’abord qu’il faut viser une riposte unitaire, impliquant syndicats étudiants, syndicats des personnels, de l’éducation, organisations politiques, collectifs et associations. Chercher à faire des alliances avec d’autres collectifs, syndicats ou unions locales syndicales à proximité des lieux d’études peut toujours être bénéfique. En tant que syndicalistes, l’adhésion de son syndicat à Vigilance et initiatives syndicales antifascistes (Visa) permet de faire un travail de fond auprès des étudiantes, étudiants et salarié·es de son lieu d’études. Une organisation syndicale peut aussi jouer un rôle dans la création d’un Visa local, en cas d’absence de celui-ci dans la ville  [1].

Si cela est possible, créer des collectifs antifascistes spécifiques, cherchant à pousser au développement et à l’animation de cette riposte unitaire, peut s’avérer très utile voire nécessaire, permettant éventuellement d’étendre les initiatives antifascistes hors du simple domaine des syndicats et des organisations politiques. Pour former ces structures, des ressources utiles peuvent être sollicitées : syndicats et organisations, mais aussi les plateformes d’informations comme le site La Horde ou d’autres collectifs déjà existants  [2].

Construire, Développer la riposte antifasciste

Dès lors que ces types de structures existent, il faudrait alors faire le maximum pour assurer leur visibilité sur nos lieux d’études. Premièrement, pour assurer un travail d’information et de clarification, l’extrême droite se couvrant régulièrement d’un vernis respectable  ; et deuxièmement, pour être en capacité de s’opposer directement aux tentatives d’organisations fascistes et réactionnaires.

C’est notamment grâce à ce travail qu’une riposte antifasciste a pu se constituer face aux tentatives d’intimidations de la Cocarde sur la faculté de Nanterre, riposte des étudiantes et étudiants mobilisés et de leurs allié·es (professeur·es, personnels de l’université, syndicalistes du 92, etc.), déterminés à stopper leur avancée et à convaincre le reste des effectifs étudiants de s’opposer à leurs idées, et menant un travail de fond tout au long de l’année. Ce travail a permis, lors des élections, de constituer un véritable front antifasciste capable de s’affronter directement aux militants de la Cocarde.

Nous ne devons pas perdre de vue que l’antifascisme est le plus efficace quand il a une visée de masse et populaire  : il ne doit pas se cantonner au travail d’une ou de quelques organisations, mais doit s’inscrire dans et se développer par les luttes.

LA COCARDE

L’extrême droite, alliée de la bourgeoisie

En tant que militantes et militants politiques, il faut aussi affirmer notre projet de société, qui n’est pas compatible avec un antifascisme institutionnel que d’autres militantes et militants pourraient défendre. Il ne faut en aucun cas laisser croire que l’extrême droite est une solution antisystème, bien au contraire. L’affirmation de notre projet permet aussi de faire reculer les idées qui font le terreau de l’extrême droite  : oppressions, méritocratie, xénophobie...

N’oublions pas que dès que le mouvement social avance, l’extrême droite révèle sa nature d’alliée de la bourgeoisie, n’hésitant pas à casser des grèves et à répandre son venin dans le mouvements qu’elle peut toucher, comme elle a malheureusement pu le montrer dans le passé.

Nathan (UCL Montreuil), Martin (UCL Lyon), Malo (UCL Rennes)

[1Le site de Visa et le site de Solidaires étudiant.e.s pour une cartographie de l’extrême droite étudiante.

[2« Carte de France des collectifs antifascistes » sur le site Lahorde.samizdat.net.

 
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