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Framasoft, agenda militant : Mobilizon nous

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Pour proposer une alternative libre et respectueuse au géant Facebook, le réseau Framasoft a lancé le projet d’agenda militant Mobilizon. Où en est ce projet ?

Personne n’ignore qu’actuellement Facebook capte une grande partie des annonces pour les événements militants. Pratique malheureusement devenue la norme depuis plusieurs années, avec son lot de conséquences désagréables, et en particulier la facilitation de la surveillance contre notre gré, de la part de Facebook lui-même, mais aussi des États, et également – certes dans une moindre mesure – de l’extrême droite.

Créer rapidement une annonce  ? Y inviter le plus grand nombre  ? Voir la popularité de l’événement  ? Comme souvent, la «  commodité  » d’une pratique l’installe dans le paysage et la rend incontournable. Facebook, avec ses moyens, a su répondre aux plus fines attentes, mêmes celles venant de militantes et militants révolutionnaires et anticapitalistes.

Sachant qu’il y a toujours eu des outils alternatifs, militants et éthiques pour annoncer les événements politiques, tels que les réseaux Mutu ou Indymedia ou encore le regretté Démosphere Paris (voir encadré erratum), mais que ceux-ci sont essentiellement restés cantonnés à un usage de niche, à destination des militantes et militants ou activistes déjà formés, les défis sont nombreux pour la pérennité et le développement de ces alternatives. L’un des défis notables est le suivi des évolutions des pratiques numériques, la «  modernisation  » comme dirait la startup-nation.

Framasoft lance Mobilizon

Dans ce contexte, début 2019, une cagnotte a été créée par Framasoft pour un projet du nom de Mobilizon qui est «  un logiciel libre qui permettra à des communautés de s’émanciper des événements, groupes et pages Facebook  ». Les dons ont dépassé l’attendu, montrant encore une fois la confiance et le soutien que reçoit l’association libriste dans son projet d’éducation populaire et sa volonté de participer à élargir le champ de l’autonomie vis-à-vis des grandes plateformes capitalistes du numérique.

Manolo Prolo

Mobilizon propose une approche décentralisée et fédérée de la publication d’événements, où chaque collectif, organisation, syndicat, peut créer sa propre instance et la connecter («  l’abonner  ») à d’autres instances [1]. L’UCL pourrait par exemple ouvrir sa propre instance, afin de répertorier et publier toutes ses activités et manifestations publiques.

Tout événement annoncé sur cette instance serait modéré par l’UCL elle-même. Un niveau de contrôle sur la technologie dont les utilisateurs et utilisatrices de Facebook ont perdu l’habitude mais qui constitue bien le cœur de l’action de Framasoft.

Première version stable pour l’automne

Mobilizon, c’est aussi plein de fonctionnalités sympas et qui, mine de rien, s’en prennent très directement au modèle de surveillance généralisée de Facebook. Un exemple  : une même personne peut avoir plusieurs comptes (un identifiant et un nom à afficher suffisent), chacun correspondant à une catégorie d’événements (politique, sportif, culturel etc.), et les gérer ensemble depuis l’interface de Mobilizon.

Contrairement à Facebook qui, officiellement, interdit les comptes multiples, Mobilizon l’encourage et se met à son service, conscient que le cloisonnement des identités est parfois une nécessité de l’ordre de la survie, par exemple pour des jeunes se découvrant une orientation (politique, de genre, etc.) qui ne plait pas à leur entourage immédiat.

Évidemment, la gestion via une unique page de l’ensemble des comptes ne protège pas contre un super-méchant capable de collecter les adresses IP et de les recouper, mais face à un tel adversaire la solution est connue  : compartimenter très soigneusement les identités tout en utilisant systématiquement Tor [2].

Actuellement, seule une version de test (dite « bêta ») existe [3]. On peut d’ores et déjà s’y inscrire, jouer avec et découvrir les fonctionnalités proposées  [4]. Cependant attention, cette version n’a pas vocation a devenir pérenne et ne doit pas être employée pour de vraies publications d’événements.

Framasoft n’a pas été épargnée par la crise sanitaire et le confinement (bien au contraire) et le développement de Mobilizon a donc pris un peu de retard, mais la première version devrait malgré cela être livrée à l’automne 2020. Il s’agit d’un projet prioritaire pour Framasoft, qui considère Mobilizon comme une brique indispensable du «  monde d’après  » [5].

Les militantes et militants de l’UCL attendent avec impatience la première version stable de Mobilizon et qui pourrait bien être un pas de géant dans nos pratiques militantes.

Marouane (UCL Nantes) et Léo (UCL Grand-Paris-Sud)


Erratum : Démosphère Paris n’est pas mort

Dans Alternative libertaire n°308 (septembre 2020), nous annoncions la fin de Démosphère. Nous avons été alerté sur des erreurs dans cette annonce, que nous rectifions ici. Commençons par reconnaître que nous avons fait preuve d’un malheureux tropisme parisien : Démosphère ne se limite pas à Démosphère Paris et seul Démosphère Paris devait fermer. Ensuite, quelques semaines après la sortie de cet article, un projet de reprise de Démosphère Paris a été officiellement annoncé. Cependant, de ce côté-ci, nous n’avons pas commis de faute : comme peut en attester archive.org, à la mi-septembre la page d’accueil de Démosphère Paris annonçait encore une fermeture définitive.

[1«  Réseau : Comprendre le fédiverse  », Alternative libertaire n°300.

[2«  Les imprudents n’ont pas Tor  », Alternative libertaire n°293.

[3Test.mobilizon.org.

[4« Mobilizon : on lève le voile sur la bêta  », Framablog, 15 octobre 2019.

[5«  Ce que Framasoft va faire en 2020, post confinement  », Framablog, 6 mai 2020.

 
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