CGT Air France : Mort d’une démocratie syndicale

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L’exclusion préméditée de huit militants chevronnés par le Bureau national de la CGT Air France vient confirmer une sévère dérive bureaucratique, et provoque la reconfiguration du paysage syndical, avec pour enjeu le maintien d’un syndicalisme de lutte. À suivre.

Pour obtenir l’exclusion des huit militants d’Orly, majoritaires dans leur section, le Bureau national CGT d’Air France a modifié en juin 2009 le statut des cinq sections syndicales (Le Bourget, Roissy, Toulouse, et deux à Orly), désormais fondues en une seule. Qui a donc voté l’exclusion, bien qu’à une majorité courte, étant donné l’opposition des syndiqué-e-s du Bourget. Que leur est-il reproché ? Le Bureau argue de leur opposition publique à la modification statutaire dont le but était de les éliminer. Plus sérieusement, il semble que ce soit d’avoir pratiqué un syndicalisme de lutte, conformément aux statuts du syndicat.

Militants CGT de longue date, anciens du PCF pour certains, ce sont surtout des animateurs déterminants du rapport de forces syndical sur le site d’Orly, dont les méthodes syndicales ont significativement subverti l’héritage de sectarisme et d’autoritarisme instauré par le PCF du Val de Marne au sein de leur section : grande grève de 1988-1989 dirigée plusieurs semaines par une coordination, grève de 1993 où une occupation massive des pistes avait duré plusieurs jours, avec des centaines de salarié-e-s s’opposant aux CRS. C’est pourquoi la vieille garde stalinienne, reconvertie en bonne gestionnaire du CE, s’est aussi faite l’émissaire de la nouvelle ligne du Bureau national, à l’origine de l’exclusion.

Quand la hiérarchie syndicale se compromet

Le tournant bureaucratique et réformiste dudit Bureau s’accélère ces dernières années. L’affaire dite de la « transaction secrète » en est des plus emblématiques.

Lors du conflit des mécaniciens d’Orly en 2006, les salarié-e-s revendiquaient une prime, et firent pression en boycottant la signature de leurs bons de travaux. Cinq syndicats soutenaient le mouvement, et sur la plainte d’Air France, le TGI de Bobigny les condamna à retirer de leurs tracts l’appel au boycott sous peine d’astreintes financières conséquentes. La direction poussa alors l’avantage, exigeant d’eux près de 500 000 euros pour préjudices économiques. Parallèlement, elle convoqua en secret les directions nationales des syndicats concernés et tenta d’obtenir qu’elles s’engagent à ne plus jamais soutenir ce type d’actions, les frappant ainsi d’illégitimité. En contrepartie de la signature (CGT, CFDT, CFTC, FO), Air France retira sa plainte, sauf contre Sud Aérien – seul syndicat à avoir refusé – dont elle exigea … 97 786, 55 euros.

Seulement voilà, le secrétaire d’une section CGT d’Orly a témoigné au tribunal pour Sud Aérien et dénoncé publiquement la transaction.

Au printemps 2009, le TGI de Bobigny déboute définitivement Air France de ses prétentions. Mais côté syndical, le Bureau national n’aura plus de cesse de s’acharner contre ceux qui ont osé dénoncer l’odieux marchandage, et quant à la direction d’Air France, déjà assurée de la docilité de cette CGT « maison » sur le plan des décisions politiques (quelques milliers d’emplois supprimés dans les années à venir), elle s’est sentie plus qu’autorisée à harceler ces militants.

Prémisses d’une reconfiguration

On relèvera la solidarité des sections syndicales du site d’Orly Industriel (Sud Aérien, CFDT, FO, UNSA-SNMSAC) qui ont condamné cette chasse aux syndicalistes et ont assuré les militants de leur soutien face à la direction. Mais surtout, cette nouvelle magouille du Bureau national CGT fait monter la grogne au sein de certaines sections (Commercial France, Siège, Informatique), et commence à provoquer des départs groupés : des militants « historiques » de la CGT Fret de Roissy viennent de constituer une section Sud Aérien. La recomposition certaine du paysage syndical d’Air France va mettre le syndicalisme de lutte devant des enjeux et des débats fructueux.

Procope Séméniouta (AL Transcom)

 
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