Corse : Honte à toi qui vends la terre

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Vergogn’à tè chi vendi a tarra ! L’aménagement du territoire est une nouvelle fois mis au service des promoteurs au détriment des réels besoins de la population.

Le 2 juillet, la collectivité territoriale de corse, à majorité UMP, annonçait le retrait du plan d’aménagement et de développement durable de la Corse (Padduc), face aux mobilisations des associations de défense du littoral, des indépendantistes, du PCF et des écologistes. Mais il s’agit en réalité d’un leurre, puisque le projet est seulement reporté pour être réellement débattu... après les élections de 2010.

Tourisme et corruption

Or, personne ne le conteste, hormis les élus UMP, le Padduc revient à ouvrir grandes les vannes du tout-tourisme et de la bétonnisation du littoral.

La force de ce projet est à inscrire dans la problématique de la mondialisation, du développement touristique et de ce que les nationalistes corses appellent, à tort ou à raison, « colonisation de peuplement » : avec le développement des constructions dans les zones balnéaires et désormais aussi dans le centre, certaines communes de Corse deviennent majoritairement (non) peuplées par une population qui n’a pas sa résidence principale en Corse. Il n’est ainsi pas surprenant que plus de 5 000 maisons soient inhabitées ou en ruine en Corse, et presque le double d’inhabitées dix mois par an, alors que les permis de construire se multiplient de manière exponentielle (+ 49 % cette année).

Le Padduc représente quatre reculs en matière de protection des terres. Tout d’abord par la réduction des « espaces proches du rivage », une délimitation aménagée autour de la bande d’inconstructibilité des 100 mètres, faisant parfois plus, parfois moins. Lorsqu’elle fait plus, on la rogne. Lorsqu’elle fait moins, on supprime la bande des 100 mètres. Le Padduc décrète aussi la constructibilité des « espaces remarquables » sur décision des communes. Ce faisant, elle autorise les promoteurs et les nouveaux arrivants à marchander leur vote pour tel ou tel maire en échange de l’ouverture des côtes, comme c’est le cas à Sartè. S’ajoute la modification du terme de « hameaux nouveaux » : il suffit désormais de deux, voire d’une seule maison pour former un hameau et ainsi devenir zone constructible (c’est le cas de Cala Purcina, où Jacques Séguéla construisait sa maison). Enfin, de nombreuses terres agricoles, dont manque pourtant l’agriculture corse, deviennent constructibles.

Des projets ubuesques en résultent, comme celui d’Olmeta di Tuda, un complexe résidentiel en quatre parties : le village tropical (immense bulle sous verre), le village des golfeurs, le village des cavaliers et le village des Corses (sic). Un apartheid touristique affligeant.

Politiciens et promoteurs : même combat !

Les nationalistes, qui dans leur discours interclassiste demandent la « décentralisation des pouvoirs », rejettent ce projet, mais ont des revendications contradictoires : beaucoup d’entre eux, dans les franges autonomistes surtout, voient dans la décentralisation l’occasion de gérer localement, ce qui, dans le cadre économique actuel, correspond à renforcer un clientélisme déjà fort. Si hier, le système servait au népotisme, au clanisme et à la corruption, l’ouverture de la loi aux logiques libérales promet en Corse des « zones » totalement inaccessibles à la population.

La corse, avec ses trois millions de touristes pour 300 000 habitants, connaît depuis trente ans un afflux de vacanciers, pour le plus grand bonheur des promoteurs immobiliers et du patronat, alors que l’économie reste a minima l’année (lire AL de juin).

Ces mêmes promoteurs et patrons que l’on retrouve dans la classe politique : que dire de Camille de Rocca-Serra et Ange Santini, représentants de l’UMP, tous deux promoteurs immobiliers, le second étant un ancien patron de camping ?

Derrière ce Padduc se coagulent les intérêts des riches : un Sud-Est entre les mains de la jet-set, autour de complexes hôteliers luxueux (cinq golfs sont prévus, nécessitant l’eau consommée par 60 000 personnes…), et un tourisme de masse destructeur pour les côtes.

Cette politique, qui mène aujourd’hui la Corse à une flambée des prix du terrain, se fait au détriment des habitantes et des habitants, vivant dans un pays partagé entre des infrastructures vétustes et du tourisme de masse high tech entretenu par l’augmentation des impôts. Après la vente des ports à Veolia, celle des terres aux spéculateurs se met en place. Rendez-vous en 2010, après le cirque électoral.

Circinellu (AL Aiacciu)

 
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