Fret SNCF : La direction syndicale recule d’un pas, l’unité syndicale de deux

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Juin a vu s’organiser une réponse syndicale visible aux attaques de la SNCF contre la réglementation du travail des agents et des agentes du fret, prélude à la privatisation de ce secteur. Mais l’unité syndicale n’a pas duré.

Six mois après la défaite du mouvement pour la défense du régime des retraites, la direction de la SNCF ressort de ses tiroirs le dossier fret. Sous prétexte de faire face à la concurrence, la SNCF accentue une politique qui ne connaît qu’un seul critère : la rentabilité financière. La notion de service public disparaît encore un peu plus. On a vu récemment que cette politique de suppression des transports « non rentables » jetait sur les routes des centaines de camions, et cela alors que médias et gouvernement nous rebattent les oreilles avec le « Grenelle de l’Environnement ». L’avenir de la planète ne concerne manifestement pas la direction de la SNCF.

Le procédé est simple et connu : pour faire face aux autres entreprises de transport, il faut diminuer les coûts, augmenter la productivité, et assouplir la réglementation du travail, le tout dans une perspective de privatisation.

On accentue donc un peu plus la gestion par activités (séparation des différents types de transport, de la gestion des gares, de l’entretien du matériel, des voies, etc.) avec une autonomie croissante du fret, prélude à sa privatisation.

Refus du chantage à la filialisation

Un des éléments clés de l’assouplissement de la réglementation du travail a été la proposition de la direction d’une modification du règlement RH 077 (qui cadre les horaires de travail, la durée des repos, le nombre de dimanches travaillés, etc.) pour l’ensemble des agents liés au transport du fret (essentiellement conductrices et aiguilleurs) : taquets repoussés quant à la durée maximum du service, de l’amplitude de travail, diminution du nombre de repos doubles (congés accolés)…

Cette flexibilisation entraîne évidemment une détérioration importante des conditions de travail et le rejet a été massif chez les agentes et les agents concernés. Lors de négociations avec les syndicats, le directeur a clairement annoncé que si ces modifications ne se faisaient pas, le fret courait droit à la filialisation : chantage rejeté par l’ensemble des syndicats qui projetaient alors un appel à la grève fin mai.

Mais, à partir de là, le front syndical a eu bien du mal à rester uni et les fissures n’ont pas tardé à apparaître : à la suite de reculs minimes de la direction, CFDT, Unsa, CFTC et FGAAC (conducteurs autonomes) se sont retirés de l’appel à la grève, et celle-ci a été retardée, en attendant les dernières propositions.

La direction s’est engouffrée dans la faille et, craignant un mouvement de grève important, a reculé sur le projet de modification du règlement RH 077. En prime, pour acheter les dernières réticences des syndicats qui la soutiennent, elle a lâché 200 euros pour toutes et tous les cheminots.

Tout cela reste naturellement très insuffisant puisque le fond du problème persiste : course à la rentabilité, dépeçage progressif de l’entreprise SNCF au profit de futures privatisations, sans compter que ce recul sur la réglementation du travail n’est que provisoire.

Le recul de la direction : une pause bien temporaire

CGT, FO et Sud-Rail ont donc appelé à la grève à compter du 10 juin pour la défense du fret. Mais CGT et FO n’ont déposé un préavis que dans les métiers du fret, alors que Sud-Rail a considéré que toutes les catégories de cheminots et de cheminotes étaient concernées par les menaces de privatisation et donc par l’action.

Le recul de la direction, bien que momentané, la prime de 200 euros et la désunion syndicale ont pesé sur la réussite de la grève, et notamment chez les agents de conduite qui étaient au départ les plus mobilisés. Cette grève n’a pas été un échec puisqu’en de nombreux endroits, le pourcentage de grévistes a été important, mais la reconduction a été difficile, et le souci de ne pas envoyer les cheminots dans le mur a fait arrêter ce mouvement au bout de 2 ou 3 jours.

Pour autant, rien n’est définitif : la privatisation du fret ne se fera pas en quelques semaines et il est possible et nécessaire de travailler dès maintenant à reconstruire un mouvement unitaire et déterminé pour l’automne.

AL Rail

 
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