Les étudiantes et les étudiants défient le gouvernement

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Après les enseignant(e)s et les intermittent(e)s c’est au tour des étudiant(e)s de se mobiliser. Cette lutte si elle reste isolée peut connaître le même sort que les précédentes... Pour faire échec à Seillère et Raffarin, c’est bien le chemin d’un mouvement d’ensemble qu’il faut trouver.

Vivrons-nous un nouveau printemps en hiver ?

Au moment où nous bouclons cette édition, nous ne sommes pas en mesure de répondre à cette question que se posent celles et ceux qui animent et soutiennent le mouvement étudiant engagé contre l’Université entreprise dont Allègre et Lang ont bâti les fondations et dont Ferry entend assurer les finitions. La contre-réforme libérale de l’université est dénoncée depuis des années par les syndicalistes de lutte (SUD Étudiant, Fédération syndicale étudiante, opposition UNEF, CNT). La mobilisation démarrée le 5 novembre (vote de la grève des cours et occupation de leur fac par les étudiant(e)s de Rennes II) atteint une ampleur sans précédent depuis des années.

Montant ridiculement bas des bourses d’études et tarif de plus en plus abusif pour les droits d’inscription, nombre consternant de logements étudiants dans le parc social des œuvres universitaires, refus d’inscriptions (lutte des « sans-facs »), menace d’étranglement de certaines facs du fait de l’insuffisance des crédits et de la décentralisation à venir, remise en cause du caractère national des diplômes pour contenter les entreprises, volonté de renforcer la sélection entre les cycles d’étude, renforcement des inégalités entre filières d’étude, coopération avec les entreprises pour définir les besoins du patronat et le contenu des formations...

Contre l’Université entreprise

Les étudiant(e)s sont en train de prendre conscience du fait que les choix politiques déterminent leur avenir et que celui-ci sera de plus en plus dominé par la sélection par le fric et la précarité.

Une précarité à laquelle de plus en plus d’étudiant(e)s sont confronté(e)s. Ainsi 48 % d’entre eux/elles exercent un travail occasionnel dans l’année et 30 % travaillent toute l’année pour pouvoir payer leurs études.

C’est donc bien le droit aux études et au savoir qui est gravement mis en cause.

Alors que le nombre de facs en grève se multiplient, la capacité à s’auto-organiser et à se coordonner démocratiquement sera décisive. Le caractère massif de cette mobilisation doit l’être tout autant mais il risque de ne pas être déterminant à lui tout seul (la grève des enseignant(e)s et celle des intermittent(e)s en témoignent). Les grèves catégorielles et/ou par procuration ont peu de chance d’aboutir face à un pouvoir qui entend gouverner essentiellement pour la fraction la plus bourgeoise et la plus à droite de son électorat.

Les convergences avec d’autres secteurs (chômeur(se)s, intermit-tent(e)s...) contestant activement la politique du Medef et du gouvernement ne sont pas seulement nécessaires elles sont indispensables.

Étudiant(e)s, chômeur(se)s, travailleur(se)s, solidarité !!

À défaut de pouvoir parier pour l’heure un euro sur une hypothétique grève générale, l’attitude des syndicats de lutte ne peut pas se cantonner à l’indifférence et à la passivité. La sympathie, la solidarité active avec le mouvement étudiant sont très importantes. Des expressions communes sont à rechercher. Cette lutte impulsée doit questionner plus largement et faire débattre dans les sections syndicales et les entreprises.

Le syndicalisme de lutte et de transformation sociale a donc dans ce contexte des responsabilités très importantes à prendre. Celle d’impulser et de faire converger les luttes sociales afin de les tirer de leur isolement. Et ce qui est vrai des étudiant(e)s l’est encore davantage pour les chômeur(se)s sur lesquel(le)s Medef et gouvernement s’acharnent avec détermination que ce soit sur le Revenu minimum d’insertion ou sur le Revenu minimum d’activité, mais aussi avec la réduction de durée de versement de l’allocation de solidarité spécifique.

Les actions des associations de chômeur(se)s se multiplient depuis quelques semaines souvent en convergence avec les intermittent(e)s. Mais là encore, l’enjeu n’est pas un simple effet boule de neige. Le syndicalisme de lutte doit intégrer ces luttes à sa stratégie d’action collective. Il ne faut pas se contenter d’une lutte de chômeur(se)s, mais construire un véritable mouvement de lutte contre le chômage à l’image de ce qu’AC ! a voulu faire dès sa naissance, il y a dix ans !

Le mouvement étudiant vient apporter un peu d’air frais dans un climat alourdi par l’offensive continue du capitalisme contre tous nos droits, mais aussi par la préparation des élections régionales.

Au-delà d’une grève rendue nécessaire, c’est à la capacité de blocage, d’action directe, d’expression et d’auto-organisation que s’appréciera la capacité d’un tel mouvement ainsi que celle d’autres secteurs à se faire entendre du gouvernement.

De même qu’il s’efforce de mener à bien une politique de tri social à l’université, le gouvernement accentue la pression sur les travailleur(se)s en modifiant profondément le droit du travail et en s’attaquant ouvertement au statut de fonctionnaire (rémunération/avancement au mérite).

Mai-juin 2003 a débouché sur une grève par procuration déléguée aux enseignant(e)s, faisons de décembre 2003 un moment privilégié pour construire un tou(te)s ensemble.

Laurent Esquerre

 
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