Syndicalisme

Privé·es d’emploi : des obstacles et des perspectives pour agir ensemble

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Avec la flambée des licenciements et du chômage, deux camarades qui ont l’expérience des comités CGT de privé·es d’emploi exposent les perspectives qu’ouvriraient de solides organisations de précaires.

La CGT affilie, depuis 1978, une organisation de chômeuses et chômeurs. Mais les «  chômeurs rebelles  » se sont surtout fait connaître pendant la grande lutte de l’hiver 1997-1998. À l’époque, des milliers de personnes ont manifesté, occupé des antennes Assedic, des bâtiments EDF, ou encore le Louvre et l’ENS, à Paris, pour obtenir, entre autres, une hausse des minima sociaux et la réduction du temps de travail à 32 heures avec embauches correspondantes. Le gouvernement n’avait lâché qu’une prime de Noël.

L’animation de ces comités ne va pas de soi. On s’adresse à un public volatil qui, dès qu’il a retrouvé un job à plein temps, déserte le comité. Le noyau animateur repose donc sur des habitué·es à la précarité (parfois par choix), ou bien sur des militant·es qui restent présent·es bien qu’ayant retrouvé du boulot. Le risque d’essoufflement est donc réel.

Rôle fédérateur de l’union locale

Les conditions matérielles des syndicalistes précaires sont aussi un frein  : en CDD ou en intérim, les horaires et la distance au lieu de travail peuvent varier de semaine en semaine. Complexe de tisser ainsi des liens avec les autres précaires, sans que le patron le soupçonne. Pas facile non plus de s’adresser aux privé·es d’emploi en tractant devant Pôle Emploi, la CAF ou les boîtes d’intérim car avec la dématérialisation, l’importance de ces lieux est devenue relative…

Pour pallier ces difficultés, l’union locale (UL), où coopèrent les syndicats d’une même localité, peut aider. Et en retour, les Chômeurs rebelles peuvent aider l’UL à l’implantation syndicale dans les entreprises, notamment en s’adressant aux précaires.

Avec une aide concrète (distributions alimentaires, prêt de matériel), l’UL peut devenir un outil primordial des mouvements sociaux en ravitaillant les grévistes, en épaulant les piquets, etc. L’UL peut ainsi créer du lien entre les professions, y compris via des temps de convivialité, ce qui nous permettra demain d’agir conjointement pour l’emploi (bureaux d’embauches, conseils pour le CV, conseils pour le premier entretien, etc.).

Grâce à cela, le comité peut disposer, à court terme, d’un large répertoire d’actions allant de la défense juridique à l’occupation d’agence, en passant par les bureaux d’embauche et la distribution de produits de première nécessité.

À mesure que les comités se développeront, il serait même possible d’aller plus loin, en répondant à des besoins essentiels  : gestion de jardins collectifs, réquisition de logements, création de caisses mutuelles, récupération d’usines et production de produits essentiels (alimentation, masques, etc.). Des lieux que nous maîtriserions, qui nous feraient gagner en autonomie et en force collective et pourraient même assurer une rémunération. Un syndicalisme qui embrasse toute la vie sociale, n’est-ce pas l’ambition des communistes libertaires ?

Simon (UCL Rennes) et Alexis (UCL Fougères)

 
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