Sans-papiers lillois : le choix de la radicalité

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Du 18 mai au 14 juillet 2003, 113 sans-papiers lillois ont fait une grève de la faim qui a duré 57 jours. Durant la même période, Sarkozy a fait adopter la trentième réforme de l’Ordonnance de 1945 sur l’immigration.

Une première chose intéressante que l’on peut noter à propos de cette lutte, c’est qu’elle s’est inscrite dans les mouvements sociaux en cours. Depuis des années, les sans-papiers lillois(es) participent en cortège à toutes les manifestations du mouvement social et des entreprises en lutte (nombreuses dans la région). L’engagement du Comité des sans-papiers 59 sur l’ensemble des luttes salariales (retraites, intermittent(e)s, paysan(ne)s...) ne se retrouve pas que dans leurs tracts mais réellement dans leur participation physique aux rassemblements et aux débats. En face, c’est à nouveau la cour de la Bourse du travail qui a accueilli les grévistes de la faim après leur sortie de la « clandestinité ».

En fait, la méthode est maintenant connue : les gouvernements souhaitent la disparition des sans-papiers dans la clandestinité pour qu’ils continuent à servir le marché du travail sans s’inscrire dans les luttes des travailleur(se)s.

Mais les sans-papiers en lutte ont fait de cette volonté répressive une arme médiatique : ils/elles ont commencé leur grève de la faim discrètement, pour s’assembler au bout de trente jours devant un hôpital afin de faire constater leur état de santé et d’afficher leur volonté alors que les grèves de la faim débutant en public sont systématiquement évacuées avant presque d’avoir commencé.

N’y a-t-il plus que la grève de la faim ?

À la sortie de cette grève, les résultats sont minces mais en même temps encourageants. Minces parce que ce ne sont que des papiers provisoires, avec étude à venir de la plupart des situations, qui ont été obtenus (il y a cependant eu plusieurs régularisations complètes). Mais encourageants parce que ce ne sont pas les seuls sans-papiers en grève de la faim qui ont obtenu une avancée mais aussi un grand nombre de dossiers en souffrance de personnes qui n’ont pas pu suivre cette grève.

Encourageants également parce que la grève de la faim n’est pas la seule forme de lutte utilisée par les sans-papiers nordistes. Ils tiennent une manifestation hebdomadaire au centre de Lille (devant la préfecture) tous les mercredis à 18h qui est aussi un lieu de débat et de contact entre nouveaux et anciens sans-papiers en lutte. Et puis, un local vient d’être trouvé après un an de revendication, même s’il ne suffit pas à l’ensemble des activités des sans-papiers (AG, permanences juridiques, travail avec le comité de soutien...).

Quelles suites ?

Dans la région de Calais, dans le même temps, des militants se sont fait inculper pour soutien aux sans-papiers (pardon : aide à l’entrée et au séjour d’immigrants en situation irrégulière !). L’Ordonnance de 45 a été fortement durcie. La loi Fillon sur les retraites est passée au Parlement. L’accord sur les intermittent(e)s a été signé. Des militants pour une autre mondialisation comme le secrétaire de la Confédération paysanne du Pas-de-Calais attendent un passage devant les tribunaux.

En clair, septembre est ouvert à tous les conflits et le choix qui s’offrent aux sans-papiers, à celles et ceux qui les soutiennent et à celles et ceux qu’ils soutiennent est simple : soit nous laissons Chirac et son gouvernement aux manœuvres, soit nous les renvoyons tous profiter de ces vacances que la canicule leur aurait gâché, pour prendre ensemble notre destin en main.

Manudo (AL Lille)

 
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