Antilles : Le gouvernement et les notables désavoués.

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Dans notre précédente édition, nous disions qu’en Martinique et en Guadeloupe les indépendantistes appelaient à voter en faveur de la collectivité unique lors du référendum du 7 décembre dans ces deux départements d’outre-mer. En fait, si une bonne partie des indépendantistes, ceux qui militent dans les partis institutionnels ont effectivement appelé à voter oui, ce n’est toutefois pas le cas des courants anticolonialistes radicaux. Ainsi en est-il de l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG), premier syndicat de Guadeloupe, qui dans une déclaration rendue publique le 14 novembre a dénoncé le référendum comme une véritable mascarade visant à renforcer l’intégration à la France et à l’Union européenne et à flatter le pouvoir des notables locaux.

Il s’en est pris vivement à ceux des indépendantistes qui appelaient à voter oui au nom d’une stratégie intégrationniste ou assimilationniste. Un référendum pour des institutions qui ne pouvait en aucun cas faire avancer la lutte pour l’indépendance.

Pendant la campagne, la répression antisyndicale a repris de plus belle contre l’UGTG qui, pour le préfet comme pour le Medef local, reste l’organisation à abattre. Une répression qui rappelle où sont les véritables enjeux : la lutte par l’action directe pour la libération du joug colonial, la défense des services publics, de l’emploi, des salaires et contre la précarité et le travail forcé. Six militants de l’UGTG ont été arrêtés, dont le secrétaire général de cette organisation, Raymond Gauthiérot. Ils ont été libérés suite à une manif massive à Pointe-à-Pitre fin novembre. Deux autres militants ont été arrêtés le 4 décembre.

En Martinique également, il y a eu débat et positionnement contradictoires, le président du Conseil régional, l’indépendantiste modéré Alfred Marie-Jeanne appelait à voter oui là où des courants plus radicaux appelaient à voter non.

En Guadeloupe le non l’a massivement emporté, en Martinique il était majoritaire de peu.

Ce résultat constitue un désaveu pour la politique coloniale de Chirac, comme pour les notables qui ont défendu le oui. La campagne a toutefois eu le mérite de faire débattre politiquement et elle a permis aux organisations indépendantistes de classe et à une partie de la population des deux DOM de prendre conscience des véritables enjeux des Antilles : la domination coloniale et la lutte pour l’émancipation des peuples colonisés.

Le non n’a toutefois pas constitué une expression homogène, certains partisans de l’ordre colonial comme l’UDF appelaient a voter non, craignant un renforcement de l’exécutif régional pouvant favoriser les indépendantistes.

Dans les semaines et mois qui viennent, ce n’est toutefois pas sur le terrain institutionnel mais bien sur le terrain social que les Antilles pourraient refaire parler d’elles.

 
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