Cinéma : Cordier et Roy, « Une journée pour rebondir »

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Un film de Christophe Cordier et Emmanuel Roy

Le 13 mai 2003, les cheminots rejoignent le mouvement contre la casse des retraites animé depuis des semaines par les enseignant(e)s. Alors qu’il y a 62 % de grévistes à la SNCF, 3 syndicats sur 5 repoussent la mobilisation au 2 juin. Le 3 juin, le mouvement redémarre.

Ce film raconte la grève des cheminots de la gare de l’Est à Paris et du chantier de l’Ourcq à Pantin (93).

Comment certaines stratégies syndicales s’affirment, laissant peu de place à la démocratie directe et aux enjeux politiques du conflit.

Ce film, dans l’esprit du cinéma militant de chronique des luttes sociales des années 70, retranscrit en nous tenant en haleine cette drôle de grève qui persévère mais ne prend pas. C’est un bon outil pour organiser des débats sur le bilan des luttes de mai-juin 2003, les pratiques de démocratie directe et le syndicalisme.

Alternative libertaire  : Qu’est-ce qui vous a amené à filmer le mouvement des cheminot(e)s ?

Christophe Cordier et Emmanuel Roy  : Les cheminot(e)s étaient le fer de lance du mouvement de novembre-décembre 95, notre objectif était de suivre les assemblées générales (AG) et la naissance d’un mouvement chez ceux sur qui tout le monde comptait, et de voir, sept ans après, quels étaient les acquis de la grève de 95. Un de ces acquis est l’organisation de la grève en AG. Nous avons donc suivi les AG, au jour le jour, en nous situant parmi les grévistes, pour montrer notamment la mise en place de la démocratie directe. Finalement, le déroulement de la grève a été surprenant, puisque, à la SNCF, elle n’a pas vraiment décollé. Il s’est passé en fait l’inverse de ce qui s’est produit en 1995 : à la gare de l’Est, la participation aux AG a vite diminué, et surtout, les cheminot(e)s n’ont pas joué ce rôle de fer de lance, ils/elles étaient au contraire tiré(e)s par d’autres secteurs, notamment par les enseignant(e)s. Notre film a donc pris une autre tournure.

AL  : Votre film montre bien, avec un certain suspense, l’évolution de l’attitude des syndicalistes, les enjeux syndicaux et la remise en cause de l’idée même de la grève.

C.C. et E.R.  : Effectivement, on a assisté, de la part de militants CGT, à une pratique un peu curieuse de la grève, qui donne lieu à des rebondissements puisque, alors que le 13 mai la mobilisation est impressionnante (62 % de grévistes à la SNCF), ils refusent la reconduction, appellent à la reprise du travail et jouent la stratégie des temps forts (3 juin puis 10 juin). On voit bien d’ailleurs dans le film les divergences à l’intérieur de la CGT elle-même : alors que des cheminot(e)s de la CGT ont repris le travail, ils/elles sont pris(es) à partie par des collègues et par des enseignant(e)s du même syndicat. Il y a eu peu de politisation de la grève, les grévistes ne devenant pas acteurs de la grève, reconnaissant eux/elles-mêmes à la fin du conflit le manque de débats et d’ouvertures politiques au sein de leurs AG. Est venue s’ajouter à ça une autre difficulté puisque la direction a mis en place des manœuvres d’intimidation, et certains grévistes ont même fait l’objet de sanctions.

AL  : Quelles ont été les réactions à la projection du film ?

C.C. et E.R.  : Elles ont été très bonnes. Le bilan des grèves n’a pas encore vraiment été fait, le film est un outil qui peut servir à un retour sur ce moment particulier de rupture avec la société, sur les pratiques de démocratie directe et les stratégies syndicales dans un mouvement. Il est important d’entamer une réflexion sur la libération de la parole dans les luttes ; comment dépasser l’attentisme vis-à-vis des stratégies syndicales ? Nous espérons que ce film pourra y contribuer.

Propos recueillis le 14 décembre 2003

N’hésitez pas à organiser des projections.

Pour contacter les réalisateurs, se procurer la cassette, et être informé sur les projections, écrire à ujpr@no-log.org

 
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