Classiques de la subversion : « La Grande Révolution », de Pierre Kropotkine (1909)

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Dans cet ouvrage paru en 1909, Pierre Kropotkine nous livre sa lecture de la Révolution française de 1789. Analysant les évènements, il dévoile le rôle réellement révolutionnaire du peuple. En effet, les histoires de la Révolution jusqu’au début du XXe siècle avaient le plus souvent mis en avant les grandes figures historiques, les Robespierre, les Danton, les Desmoulins.

D’un coté, les historiens réactionnaires vilipendaient les jacobins et les fractions organisées alors que de l’autres les socialistes y voyaient des références voire des modèles pour une avant-garde. Pour eux, le peuple avait bien sa place, mais en retrait, intervenant pour soutenir les fractions organisées. Pour certains écrivains comme Jules Michelet, il ne se manifestait que comme incarnation de la Nation et encore seulement quand les mouvements populaires correspondaient à ses propres vues politiques !

La seule exception est celle du mouvement populaire parisien. Celui-ci, représenté par les Sans-culottes (ouvriers et artisans révolutionnaires), organisés au sein de la Commune insurrectionnelle de Paris, a fait l’objet de l’attention d’un certain nombre d’historiens.

Pour autant, ceux-ci ne sont vus que comme les supplétifs des Jacobins, des Hébertistes ou encore de la Montagne (diverses fractions politiques bourgeoises).

En tant qu’anarcho-communiste, Kropotkine se situe en opposition d’une vision de l’histoire basée sur les grands hommes, les partis dirigeants et les luttes à l’Assemblée nationale.

Pour lui, la Révolution est un processus social qui englobe toutes les couches de la société. Ses acteurs ne sont pas une minorité agissante, mais bien le peuple dans son ensemble. Celui-ci s’organise dans des sociétés populaires, sur des bases géographiques dans les plus petits villages, dans les agglomérations de taille moyenne, de même que dans les grandes villes.

S’il aborde le mouvement populaire à Paris, l’aspect le plus novateur et intéressant de l’ouvrage est qu’il se concentre principalement sur ce qu’il se passe ailleurs qu’à Paris. En effet, la plus grande partie de la population est rurale, et des changements sociaux d’ampleur y interviennent. Les paysans se débarrassent souvent de la domination des nobles qui s’exerçait par une série de taxes de redevances et de corvées. Les terres de certains nobles sont saisies de force et vendues en petit lots de même qu’une grande partie des domaines de l’Eglise qui était alors le plus gros propriétaire de France.

Ce mouvement, qui présente des perspectives intéressantes n’ira pas pour autant jusqu’à la mise en commun des terres. Il connaitra un coup d’arrêt lors de la réaction thermidorienne à partir de 1794…

Somme toute, l’ouvrage apporte un angle peu étudié de la Révolution française, en donnant la priorité au peuple des campagnes et des villes. Une lecture rafraichissante, à rebours du fétichisme des jacobins et des grands hommes développée par les historiens léninistes. On pourra aussi remarquer qu’il préfigure l’excellent Bourgeois et Bras nus de Daniel Guérin.

Matthijs (AL Montpellier)

  • Pierre Kropotkine, La Grande Révolution (1789-1793) : Une lecture originale de la Révolution française, Editions du Sextant, 2011, 544 p., 26 euros.
 
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