Dico anticapitaliste : Qu’est-ce que “la décroissance” ?

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Chaque mois, un mot ou une expression passée au crible par Jacques Dubart.


Lors d’une conférence à Paris le 22 mai 2008, le député vert Yves Cochet affirmait : « On n’a pas à choisir si l’on est pour ou contre la décroissance, elle est inéluctable, elle arrivera qu’on le veuille ou non. » Il faisait là de la décroissance un synonyme de restriction, volontaire ou non.

Bien sûr, il faut rompre avec le dogme de la « croissance pour la croissance » : elle est une des causes principales de la crise économique, écologique et sociale qui met à mal la planète et l’humanité ; elle est un pilier indispensable au maintien d’une société inégalitaire.

Mais on ne peut laisser penser que nous souhaitons des restrictions, quand les besoins vitaux d’une partie importante de l’humanité – dans les pays du Sud, mais aussi en Occident – ne sont pas satisfaits.

Les seules statistiques disponibles sur les émissions de CO2 sont par pays ou par région. Elles ne permettent en rien d’appréhender l’empreinte écologique de chaque classe sociale. Ce n’est hélas pas une surprise.

La décroissance, ce doit être avant tout la décroissance des activités socialement inutiles et parasitaires. Il faut supprimer les productions de luxe réalisées « pour les besoins » des classes possédantes ; éliminer les secteurs économiques parasites liés à la domination idéologique, à la répression d’État et à la défense de la propriété capitaliste (publicité et propagande, armée, système pénitentiaire, économie sécuritaire…). Il faut coordonner les activités sociales vitales (eau, énergie, transport, santé, éducation, télécommunication...) dans un service public universel qui permettrait – entre autres – un système de transport en commun généralisé et la quasi-élimination du transport individuel en voiture. Il faut parvenir à la souveraineté alimentaire pour chaque peuple, en développant les cultures vitales au détriment des cultures d’exportation, et en refusant les OGM et les pesticides pour casser la domination des multinationales agro-industrielles.

Il faut réduire drastiquement le transport de marchandises, en relocalisant les industries.

Bref, il faut faire décroître toutes les activités inutiles que le capitalisme, emporté dans sa logique irrationnelle, a hypertrophiées. Et on s’apercevra que, ce faisant, on satisfera mieux les besoins de la grande majorité de la population… sans doute au détriment d’une minorité ulra-riche, qui devra bien se plier devant l’intérêt général.

Les solutions individuelles pour consommer moins voire autoproduire permettent d’agir à la marge sur l’effet de serre. Mais la « simplicité volontaire » prônée par certains « objecteurs de croissance » ne doit pas faire illusion. Il n’y aura pas de solution à la crise écologique sans rupture avec le capitalisme.

 
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