Mémoire

Lire : Creagh, « Utopies américaines »

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Dans Utopies américaines, Ronald Creagh revient sur les différentes expériences communautaires aux Etats-Unis sur deux siècles des quackers les plus radicaux aux hippies… L’ouvrage, qui est une forme actualisée d’une première version écrite en 1983, a pour thèse qu’il existe un communisme libertaire spécifiquement américain, dont les différentes expériences communautaires sont l’expression. Il met ainsi en lien 150 ans d’expériences diverses à l’échelle d’un continent.

Ronald Creagh commence par les expériences utopiques à partir des années 1820 qui vont de pair avec l’essor du socialisme utopique popularisé par exemple par Owen ou Fourier. Dans cette phase, ce sont des expériences ayant vocation à créer l’embryon de la société future, parfois organisée avec des règles loufoques, comme le spiritisme obligatoire dans certaines communautés. La plupart de ces communautés ne tiennent que peu de temps avant de disparaître.

La deuxième grande vague d’expériences communautaires est celle liée au mouvement anarchiste. Ces expériences, souvent appelées « milieux libres » sont directement liées au monde ouvrier et plus souvent urbaines. Elles ont pour objectif, en parallèle avec le combat politique, de créer des conditions d’émancipation individuelle, en commençant par l’éducation. Ces milieux connaitront les mêmes fortunes que le mouvement anarchiste américain, plus ou moins détruit par la répression vers 1920.

La troisième grande vague d’expérience est celle liée au mouvement hippie : à la fin des années 1960, plus de 3000 communautés sont recensées. Celles-ci se caractérisent par leur petite taille, leurs ambitions limitées et leur refus du rationalisme de la société de consommation. Puis l’auteur s’intéresse aux années 1980, mélange entre idéaux hippies et anarchistes.

Après ce panorama, Creagh s’intéresse à la notion d’utopie. Il revient sur la différence entre socialisme utopique et scientifique. Selon lui, l’utopie n’est pas que de l’idéalisme à opposer aux vraies luttes du prolétariat. Il voit plutôt l’utopie comme ayant un intérêt mythique, d’exemple préfigurant un projet de société. Il argumente avec raison que l’adhésion à un projet de société ne se fait pas que sur des arguments rationnels mais aussi grâce sur sa capacité à toucher les aspirations profondes de l’être humain. Par ailleurs, il souligne que les deux grands systèmes politiques du XXe siècle se sont appuyés sur des utopies (le rêve américain et le « socialisme réel »). Si on ne partage pas forcément toutes ces opinions, ce livre est intéressant pour l’éclairage nouveau qu’il apporte sur la nature de l’utopie et pour les belles pages d’histoire qu’il tire de l’oubli.

Matthijs (AL Montpellier)

  • Ronald Creagh, Utopies américaines : Expériences libertaires du XIX e siècle à nos jours, Agone, 2009, 397 p, 22,80 euros
 
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