Syndicalisme, social

La Poste : « Réorganisation » rime avec punition… et bidon

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Des gens dégoûtés de leur métier, un service dégradé, un management ubuesque, des plannings hors sol… De son enquête en immersion parmi les factrices et facteurs, le sociologue Nicolas Jounin a tiré un livre qui démolit les mensonges de la privatisation.

Pour celles et ceux qui ne connaissent de la Poste que ses boîtes aux lettres, ses guichets, ses camionnettes jaunes, ses bicyclettes, ce livre est essentiel pour comprendre l’envers du décor. Ce qu’entraîne la mutation d’un service public en entreprise ­capitaliste.

Le sociologue Nicolas Jounin le fait à travers le vécu des factrices et facteurs d’une ville qu’il a rebaptisée Nanteuils. Adepte de l’enquête en immersion, il s’est fait embaucher dans un centre de distribution de courrier pile au moment d’une « réorganisation » comme la Poste en connaît tant.

Le constat est terrifiant : en quelques mois, des collègues consciencieux se mettent à multiplier les accidents de travail, les arrêts maladie, abandonnent le métier. Mais c’est aussi la précarité aggravée, la casse du collectif de travail et, forcément, des usagères et usagers mécontents. Jounin révèle que les objectifs étant impossibles à atteindre, des courriers ne sont tout simplement pas distribués, voire sont détruit avec l’aval des directions.

Méticuleux, le sociologue cherche à faire comprendre pourquoi le groupe La Poste met en place des organisations hors sol, avec des cadences intenables et des factrices et facteurs moins autonomes dans le travail. Il y parvient via un dialogue fictif avec Frederick Taylor. Le père du taylorisme, qui méprisait les ouvrières et ouvriers, s’employa à transférer leur savoir-faire vers des spécialistes de l’organisation du travail, créant le scientific management et dépossédant les travailleuses et travailleurs de leur autonomie.

À la Poste, cela consiste à uniformiser les cadences de travail au niveau national sans prendre en compte (ou si mal) les réalités locales. Dans chaque bureau, des managers sont censés réorganiser les tournées tous les deux ans selon des normes fixées nationalement, et que personne ne semble capable de justifier...

Les nombreux entretiens avec des factrices et facteurs, mais aussi aux différents échelons de la hiérarchie, soulignent la déconnexion totale entre les exécutant·es et les décideuses et décideurs. Une situation ubuesque où l’humain devient l’instrument de normes aveugles.

Dans une perspective autogestionnaire, ce livre décrit aussi toute la mécanique de la collecte, du tri et de la distribution du courrier. Au delà des luttes contre les réorganisations, il peut donc aider à faire réfléchir sur une possible refonte du travail, plus démocratique, dans le cadre d’une appropriation des moyens de production par les travailleuses et travailleurs.

Nicolas Jounin,Le Caché de la Poste, La Découverte,2021,384 pages,20 euros

Hugo (UCL Orléans) et Simon (UCL Rennes)

 
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