Mayotte : En finir avec les politiques d’exception

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Île de l’Océan indien, Mayotte, comme d’autres Dom, reste marquée par un droit au rabais sur les questions migratoires. L’arrivée d’un gouvernement de gauche risque bien de ne pas beaucoup changer la donne…

Mayotte, île de l’archipel des Comores, a été marquée ces derniers mois par plusieurs drames, qui illustrent le fait que la politique de la France s’y établit autour de dispositions spécifiques à ce territoire, des dispositions qui vont à l’encontre du respect le plus élémentaire des droits humains. Le nouveau ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a décidé, par une circulaire en date du 7 juillet 2012, de mettre fin à l’enfermement des familles, et donc des enfants, dans les centres de rétention, en proposant à la place une assignation à résidence pour les familles. Mais cette mesure ne s’appliquera pas à Mayotte, territoire qui n’est pas régi par le code de l’entrée et du séjour des étrangers, mais par un droit d’exception. Donc, les enfants continueront à être enfermés et expulsés à Mayotte.

[*Des enfants en rétention*]

Le décès d’un nourrisson de deux mois au centre de rétention de Pamandzi, le 16 août dernier, est alors venu rappeler toute la cruauté et le cynisme du maintien de cette exception, s’il en était besoin. Le ministre a alors expliqué que la situation de Mayotte justifiait cette entorse.

Comme le rappelle la Cimade, l’expulsion a concerné près de 6 000 enfants à Mayotte en 2010, un chiffre dont a pu se gausser le préfet de l’époque, au mépris du droit commun [1]. Et elle reste malheureusement d’actualité, de même que les moyens déployés pour surveiller le bras de mer séparant Mayotte d’Anjouan, l’île des Comores la plus proche, distante d’environ 60 km.

[*Montée des tensions*]

Or, avec la départementalisation de Mayotte, cette politique annulant drastiquement les possibilités de circulation entre les îles de l’archipel, risque bien de renforcer les tensions entre populations et de nourrir d’importants reculs.

Les conditions de vie des migrants et migrantes, n’ayant quasiment pas de possibilités de régularisations face à une administration de plus en plus suspicieuse, et tentant d’échapper à des contrôles de plus en plus fréquents, les conduisent à accepter de nombreux emplois clandestins. Le durcissement des différences de statut, entre Mahorais et Mahoraises français et migrants, créée de fait les conditions d’une situation explosive, achevant de rompre les liens familiaux et sociaux qui existaient pourtant entre les îles.

[*Vers la fin du visa Balladur ?*]

Publié le 18 juillet 2012, le rapport Sueur, du nom du sénateur du Loiret, livre différentes propositions pour Mayotte [2], dont la n°24, qui prévoit de « mettre fin au " visa Balladur " qui n’a aucunement mis fin à l’immigration illégale et lui substituer un dispositif d’attribution de visas plus réaliste et rigoureux afin de mieux maîtriser l’immigration ».

Cette proposition, marquée du sceau du réalisme, a pourtant suscité des oppositions de la part de certaines élites locales. Des années de politique répressive absurde ont en effet creusé d’importants écarts parmi les populations, semant là le terreau de pratiques de rejet et de stigmatisation… Espérons que des voix dissidentes se feront entendre sur l’île en faveur de mesures permettant d’empêcher la poursuite de telles formes d’exceptions juridiques, lourdes de conséquences en termes de vies humaines.

V. B. (AL 93)

[1Voir www.cimade.org et le cahier spécial de Causes communes, « Mayotte, la déchirure », juillet 2012. Voir aussi le journal Upanga : www.upanga.com.

[2Voir « Mayotte : un nouveau département confronté à de lourds défis », sur www.senat.fr

 
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