Politique

Une épicerie autogérée pour faire revivre un village

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Passer la porte de l’Alternateur c’est découvrir un magasin citoyen où la notion concrète de collectif et d’autogestion prend tout son sens. Promouvant les productions, les productrices et les producteurs locaux, cette association auvergnate permet au habitant d’un petit village d’expérimenter la démocratie directe tout en redynamisant leur village.

Tout commence avec la fermeture de la superette locale du village auvergnat de Sauxillanges, petit village de 1 200 habitants, pas très loin d’Issoire. Afin de trouver une parade à la désertification programmée du village et à l’initiative en particulier de quatre femmes, architectes et militantes, une vaste enquête est menée auprès des habitants. Il y apparaît que les habitantes et habitants sont «  en attente d’un magasin d’alimentations en vrac, d’une épicerie ou d’un lieu convivial  » se rappelle Sandra, membre actif de l’association depuis le début.

Tout s’organise alors très vite : un premier groupe de femmes se mobilise et entame une multitude de recherches, visitent des coops, des lieux alternatifs, démarchent des producteurs, examinent les différents statuts juridiques. Une première assemblée constitutive composée de 25 habitantes et habitants se réunit en juillet 2017 afin de peaufiner les papiers, le fonctionnement, les plages horaires. Enfin, pour démarrer et couvrir les premiers frais, «  la tenue de tables sur les marchés permettra de récolter 5 000 euros  ».

Entre juillet et le 12 septembre, l’association est déposée et des locaux de 100 m2 sont ouverts. L’association aura été montée en deux mois  ! Aujourd’hui elle comprend 180 adhérents et 65 bénévoles provenant du village et ses alentours.

Redynamiser le centre-ville grâce au lien social

L’Alternateur organise des ateliers sur la transition écologique et monte des projections-débats, propose des jeux de société, adhère à la ludothèque d’Issoire. Une association culturelle et une autre pour les migrantes et migrants sont en train de se créer. Clairement, «  l’association est devenue un lieu d’entraides et une passerelle entre les associations locales  ». Informer, conseiller, soutenir et essaimer tout en étant le plus transparent possible, tels sont les leitmotivs revendiqués du groupe. Ainsi l’association participe «  de tous les projets fédérateurs  » comme celui du festival de rue du Trac, fin septembre. Elle a aussi créé une association qui s’appelle Roue libre, un atelier réparation de vélos qui organise des fêtes.

Et parce que les gens se rencontrent «  en travaillant ensemble, chacune et chacun parle des choses qui se passent dans les villages alentours, des évènements à venir, des dernières nouveautés. Le lien social est revivifié  ».

Promouvoir les productions locales

Les produits locaux frais, bios ou en conversion, sont présentés en vrac. Concernant les producteurs, Sandra nous révèle, encore un peu étonnée, que «  bien que cela fasse moins de travail pour eux et que les marges peuvent être très intéressantes ils n’ont pas tout de suite répondus présents. Ils pensaient perdre leur temps et ne voyaient pas vraiment les objectifs du groupe  », avant d’ajouter, «  maintenant, convaincus du bien fondé de la démarche, ils viennent proposer leurs produits. Et il y en a de plus en plus. Le consommateur y gagne aussi grâce aux marges pratiquées, très faibles sur certains produits  ». L’Alternateur marche donc très bien et dégage un chiffre d’affaire similaire à une petite entreprise.

Une belle initiative est à signaler  : l’embauche de deux salariés à mi-temps pendant quelques mois de l’année. Il faut noter qu’au début «  ce principe n’avait pas fait l’unanimité mais les discussions en assemblée générale (AG) ont fini par le valider. Les personnes embauchées adhèrent depuis le début au projet et chacun, bénévole comme salarié, apprend petit à petit à trouver ses marques au sein du collectif, en fonction de sa personnalité et de son expérience de vie  ». Les difficultés, d’ordres personnelles ou d’organisations, ne sont néanmoins pas toutes aplanies.

Démocratie directe

Le collectif constate que, bizarrement, certaines et certains n’imaginent pas pratiquer l’autogestion ou la démocratie directe «  alors qu’ils le font concrètement  ». Ils sont tellement dépossédés de ces outils «  qu’il leur faut réapprendre à travailler en collectif, sans hiérarchie, en se parlant et en faisant ensemble  !  » Mais alors comment s’organise cette démocratie directe  ? C’est par le biais de la réunion du collectif que sont validées (ou non) les propositions des différents groupes de travail et que se décide le suivi de leur application. Les postes et les responsabilités, les méthodes de chacune et chacun évoluent ensuite en fonction des remarques ou revendications, afin d’épouser au plus prêt les multiples facettes du travail quotidien. Par ce biais, «  le collectif affine donc constamment ses pratiques  ». Oui, on peut dire aujourd’hui que la carte du collectif marche et qu’il apporte un gain de temps.

Le mode collégiale qui régit l’association permet à priori de ne pas avoir de hiérarchie. Et si les bénévoles, adhérentes et adhérents finissent par reconnaître les bienfaits de ce type de fonctionnement «  il a fallu pour arriver à ce résultat combattre quelques habitudes et lever les doutes  » : former les bénévoles aux différentes tâches «  est un défi  !  ». Le règlement est-il trop compliqué  ? Comment pouvons-nous améliorer le fonctionnement de l’organisation  ? Certains en font plus que d’autres et la gestion collective et administrative est chronophage, etc.

Un constat s’impose aujour­d’hui au sein du collectif  : les adhérentes et adhérents auraient vraiment besoin aujourd’hui de se réunir plus souvent et de disposer d’un local adequat. Un lieu où pourrait s’organiser, comme dit Sandra, «  des débats sans enjeux, où pourrait s’approfondir certains points et se solutionner plus collectivement les problèmes...  » Défi qui, au vu de la motivation des membres, est bien loin d’être insurmontable.

À l’ordre de la prochaine AG  : comment augmenter le nombre de bénévoles, chercher un local plus grand, organiser des événements, des fêtes, des buvettes afin de récolter plus d’argent, «  et surtout que, par la possession des lieux et les pratiques, la démocratie vive  ». Car il apparaît «  qu’à plusieurs on prend de meilleures décisions, des décisions plus vertueuses pour le collectif, plus justes, plus courageuses, plus ambitieuses  ».

Vive le collectif !

Et s’il y avait une leçon à tirer de cette aventure, «  c’est qu’on a tous, comme le déclare avec enthousiasme et conviction Sandra, individuellement, besoin des autres pour évoluer, que si le fonctionement ne laisse pas la possibilité d’approfondir la démocratie, c’est bien cette dernière qui disparaîtra...  »

Merci à Sandra, à Agathe et à toute l’équipe de l’Alternateur  !

Nicolas (UCL Auvergne)

 
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