A Contre Courant : Farce ou tragédie ?

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Chaque mois, le mensuel Alternative libertaire reproduit l’édito de la revue alsacienne À Contre Courant, qui de son côté reproduit l’édito d’AL. Pour contacter ces camarades : ACC, BP 2123, 68060 Mulhouse Cedex.

« Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire une deuxième fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. » Ce mot d’esprit, bien connu, par lequel Marx a introduit Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, éclairerait-il la séquence politique qui vient de s’ouvrir ? Avec l’élection de François Hollande, allons-nous assister à la répétition farcesque des événements tragiques qui ont suivi celle de François Mitterrand en mai 1981 ?

Rien n’est moins sûr. D’abord parce que ce qui s’est déroulé dans les années 1980 en France n’a pas pris l’allure d’une tragédie mais bien plutôt celle d’une farce, précisément [1]. Ayant accédé au pouvoir après avoir promis de « rompre avec le capitalisme » en cent jours, la gauche gouvernement PS-PC avait alors rompu en trois ans avec le… socialisme, y compris sous sa forme édulcorée social-démocrate. Elle aura ainsi contribué à installer la France dans un régime d’alternances sans alternative, qui a duré depuis lors, voyant se succéder au pouvoir vraie droite et fausse gauche, rivalisant dans les procédés d’exécution des mêmes politiques néolibérales synonymes d’agression contre les classes populaires et les classes moyennes. Principales électrices des forces de gauche, ces dernières ont été ainsi les dindons de cette farce macabre.

Par ailleurs, la gauche qui s’apprête à accéder au pouvoir aujourd’hui ne s’est certes pas engagée à rompre avec le capitalisme, tout au plus avec le néolibéralisme. Et si elle devait échouer à y parvenir, en se mettant à nouveau au service du capital financier transnationalisé dont le néolibéralisme est l’instrument et le paravent à la fois, ce n’est pas une farce qui risquerait de se jouer mais bien une tragédie. Car, à n’en pas douter, par la désespérance populaire qu’elle amplifierait et conforterait, cet échec ouvrirait une voie royale au retour de la droite au pouvoir, une droite qui aurait entre-temps intégré l’extrême droite frontiste, voire qui se serait recomposée sous l’hégémonie de cette dernière. Une recomposition dont les contours se sont déjà dessinés à l’occasion de la campagne sarkozyste et dont l’échec probable de la droite aux législatives précipitera la réalisation dans les prochains mois.

Pour conjurer ce scénario tragique, il ne suffit certes pas de souhaiter bonne chance aux « camarades socialistes » ni de compter sur leur détermination – dont on n’a que trop appris à nos dépens ce qu’elle vaut. Une nouvelle fois, seules la mobilisation collective et les luttes, sur les lieux de travail comme hors d’eux, pourront garantir que les intérêts des couches populaires soient défendus et, en définitive, renforcer cette détermination en pesant sur les rapport de forces sociaux et politiques, au niveau national comme au niveau international.

[1Cf. Alain Bihr, La Farce tranquille. Normalisation à la française, Spartacus, 1986.

 
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