Écologie

Consommateurs et paysan.nes : jonction pour la justice alimentaire

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Tandis que s’enchaînent les tribunes et grands discours sur le «  monde d’après  », les efforts militants se sont déployés pendant le confinement pour organiser la solidarité alimentaire et le soutien à l’agriculture locale. Mais les paysannes et paysans n’ont pas attendu aujourd’hui pour lutter contre l’industrie et pointer la nécessité de l’autonomie alimentaire.

L’État et sa propagande nous bassinent depuis deux mois avec des histoires de retour des grosses entreprises sur le territoire national, et autres violons de la sobriété ou de la proximité. En attendant, comme d’habitude, les militantes et militants s’y sont collé·es et notamment du côté de l’agriculture. La question du «  monde d’après  » est au centre des préoccupations, mais pour l’instant, il y a surtout une continuité.

Une des premières mesures du confinement a été de fermer les marchés de proximité pour envoyer tout le monde vers les grandes surfaces  : on voit bien ici l’intérêt pour les grands groupes de distribution. D’un autre côté les réseaux locaux se sont trouvés sans débouchés, et c’est de la nourriture qui est partie directement à la poubelle, des paysans privés de revenu. Il a fallu plusieurs semaines pour que des réseaux se mettent en place, et encore, aux endroits où l’action militante l’a rendu possible. Pendant ce temps-là les camions transportent de la bouffe qui vient d’on ne sait où. Cela démontre, s’il le fallait, la détermination d’état de poursuivre exactement comme si de rien n’était.

Préserver les solidarités du confinement

Durant le confinement, des actions de solidarité se sont constituées et de nouveaux réseaux se sont créés autour de la justice alimentaire et du soutien aux productrices et producteurs locaux  : plateformes d’entraide, mise en relation entre citoyens et agricuteurs, distribution de vivres… Et un bon nombre d’entre elles tentent de survivre au «  retour à la normale  ».

Ces initiatives témoignent d’une solidarité bien présente, et leur réception positive indique une certaine sensibilité aux questions agricoles locales et à la condition paysanne. Cependant, les hommages et la visibilité des actes de solidarité ne doivent pas faire oublier la crise de fond et le manque de considération, et plus largement les problèmes profonds dans l’organisation de la production agricole, exacerbés par la crise. À l’échelle mondiale, la production et la distribution ont été profondément perturbées  [1] , des stocks s’accumulent et doivent parfois être détruits.

À côté de ça, la fermeture des frontières bloque les travailleuses travailleurs saisonniers dans leurs pays, tandis que le gouvernement donne un permis d’exploiter (encore plus) à l’industrie agricole, en encourageant le recours au bénévolat  [2] .

Les sirènes du localisme

Dans ce contexte, le gouvernement a beau jeu de faire l’éloge de la production locale, sans infléchir d’un iota la politique agricole. À côté de ça  : agriculteurs sans terre, disparition des terres agricoles, monocultures, pesticides. Leurs discours sur le localisme ou la «  relocalisation  » sont de la poudre aux yeux.

Et que dire du patriotisme (du nationalisme  ?) productif prôné par la droite et l’extrême droite, qui y voient une occasion de glorifier les frontières et la production nationale… Arnaque s’il en est de la part de partisans du libre-échange, d’un capitalisme sauvage et sans aucune considération pour les travailleuses et travailleurs. Le patriotisme économique, défendu par le gouvernement Macron, par l’extrême droite ou même par certaines franges écologistes, nous devons le refuser [Voir l’article Patriotisme économique : géographie d’une impasse].

Quant à la consommation locale et au made in France prônés par les militantes et militants écologistes, un peu plus sympathique, ils ne sont pas pour autant suffisants, d’autant plus lorsque ces discours limitent le problème à une responsabilité du consommateur. Aujourd’hui, tout le monde n’a pas accès à des produits locaux et de bonne qualité, et les classes populaires des villes comme des campagnes sont rejetées dans la pauvreté et la précarité. C’est tout un système qui est à refondre.

Pour l’autonomie productive

La constitution de réseaux de production de proximité basés sur de petites unités n’est pas une préoccupation nouvelle dans l’UCL. À nous de soutenir évidement les réseaux solidaires, mais aussi de remettre en avant quelques fondamentaux  : à l’UCL, nous ne défendons nul patriotisme économique, mais l’autonomie productive, l’autonomie alimentaire, et la fin de la concurrence entre travailleuses et travailleurs, et entre territoires du marché libéral capitaliste.

Cela ne signifie pas une absence d’échanges entre territoire, comme nous le rappelons dans notre manifeste  : «  Chaque région du monde doit être en mesure de produire ce dont elle a besoin une fois débarrassée de la dépendance des multinationales. Cela ne signifie pas une autarcie, mais des circuits d’échange courts, et la limitation des échanges longs à ce qui ne peut être produit localement.  »  [3]

Il est nécessaire pour cela d’avoir une dynamique de mutualisation pour créer des réseaux capables d’entretenir un rapport de force avec l’avancée perpétuelle du capitalisme. La Confédération paysanne ne s’y trompe pas, le constat est fait depuis longtemps que ce système agricole n’est pas soutenable et que c’est une agriculture paysanne qui pourra changer la donne. Dans cette perspective, il faut soutenir les luttes paysannes contre les multinationales agroalimentaires, pour la fin de l’agriculture et de l’élevage industriel.

Nous nous devons aussi de construire l’alliance entre les classes dominées des villes et des campagnes, autour de la justice alimentaire  : pour qu’une nourriture de qualité soit accessible à tous et toutes, au juste prix, pour une maitrise autonome de la production par les paysannes et les paysans, pensée localement en fonction des besoins.

Des membres de la Commission Écologie de l’UCL

 
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