Edito : A propos de l’effet Sarkosy

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Le 28 novembre dernier, Sarkozy a pris les rennes de la direction de l’UMP. Au-delà des paillettes et des fastes qui ont accompagné son sacre, il convient d’analyser politiquement son accession à la tête de l’UMP. Ce fait politique risque d’avoir autant de conséquences que l’avènement de Seillière à la tête du Medef.

Comme Seillière, Sarkozy a un projet politique, ou tout du moins une vision stratégique de la société française, contrairement à Chirac. Cela ne fait pas de lui le futur président pour autant. Mais cela va polariser le débat politique à droite, et plus largement en France, que ce soit en pour ou en contre.

Sarkozy, c’est d’abord une droite totalement décomplexée, ultralibérale, portée sur les valeurs, notamment religieuses. Une droite qui s’inscrit sur un axe Bush, Blair, Berlusconi, Aznar. Une droite qui exalte la puissance et pour laquelle les libertés individuelles et fondamentales sont de plus en plus ramenées au rang de contingences.

À côté de cela, il est capable de ratisser très large avec un discours sur l’équité et la discrimination positive qui va mettre le PS et la droite traditionnelle en difficulté, tout en lui accordant de nouveaux soutiens dans les classes moyennes et dans une partie de la jeunesse issue de l’immigration dont il est un des rares à droite à s’intéresser.

Ce type est donc vraiment dangereux.

Le Pen ne s’y est pas trompé. Après l’avoir fustigé, lorsqu’il était à l’Intérieur, place Beauvau, il chante ses louanges. Le FN a compris qu’avec Sarkozy, le débat politique va être déporté à droite, mais aussi que la droite risque d’entrer dans une période de turbulences (affrontement Chirac/Sarkozy). Il pense ainsi avoir le dernier mot. Pour que ce soit le cas, le Front national devra surmonter la crise politique qui l’affecte actuellement.

Cette crise ne s’explique du reste pas seulement par les affrontements de clans et de personnes qui visent la succession de Le Pen. Elle est aussi liée au fait que son espace politique est en partie occupé par la droite au pouvoir, une droite qui prend en compte certaines aspirations de l’électorat frontiste, comme elle s’y était du reste engagée au soir du 21 avril 2002.

Il est encore trop tôt pour savoir si Sarkozy deviendra le champion incontesté de la droite. Chirac et ses amis feront tout pour l’en empêcher, assurément.

Mais peu importe que Chirac, Sarkozy ou Rouletabille emportent le morceau. Quelle que soit la donne à droite, c’est bien une politique toujours plus ultralibérale et réactionnaire qui devrait prévaloir et ce n’est pas un Parti socialiste lâchement rassuré par son adhésion majoritaire à la constitution européenne du capital qui mettra un coup d’arrêt au processus politique actuel.

Du reste, si cette politique est de plus en plus brutale, ce n’est pas seulement parce qu’il existe un consensus politique avec la gauche sociale-libérale.

Certes la soumission à l’ordre établi est de plus en plus forte et pesante. Mais par ailleurs, les minorités agissantes qu’elles émanent du syndicalisme combatif, des mouvements sociaux au sens large, de l’extrême gauche, des libertaires ou de tout ce qui incarne une pensée critique sont en proie à un isolement croissant par rapport à la masse des opprimé(e)s, et c’est aussi ce qui permet au capital de cogner de plus en plus violemment.

C’est de notre capacité à rompre cette distance que dépendront les rapports de force dans les années à venir.

Pour cela il ne s’agit pas de se contenter d’en appeler de façon incantatoire à la reprise des luttes au demeurant nécessaire. Car ce qui fait problème, c’est une certaine pratique militante de plus en plus déterritorialisée et qui de ce fait subit la même atomisation que celle et ceux auxquels elle prétend s’adresser.

Il n’y aura pas de reprise des luttes durables et donc de reconstruction d’un véritable rapport de force face au capital tant que ce problème sera éludé.

C’est dans le développement d’un syndicalisme interprofessionnel, de réseaux militants implantés réellement à partir des quartiers, d’un travail d’éducation populaire qui s’adresse à toutes et tous et pas seulement aux représentant(e)s des classes moyennes les plus au fait des enjeux de la mondialisation, dans la multiplication de contre-pouvoirs et d’expériences autogestionnaires que peuvent se reconstruire un lien social et les bases d’une intervention dans la société afin de la transformer.

Alternative libertaire, le 18 décembre

 
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