Syndicalisme

SNCF : de 24 heures en 24 heures

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Dans la suite de la manifestation nationale unitaire des travailleurs/ses du secteur ferroviaire, le 25 novembre, des perspectives d’action plus fortes existent. Les fédérations syndicales doivent prendre leurs responsabilités et dire clairement qu’il faut construire une grève nationale rassemblant toutes les filières.

Si une réelle dynamique de lutte est créée, portée par les équipes syndicales CGT et SUD-Rail notamment, confirmée par les assemblées générales, il y a fort à parier que « la prévention des conflits » ne sera plus au cœur des discussions, mais qu’on parlera plutôt de « comment coordonner et étendre la lutte », perspective bien plus intéressante pour toutes celles et tous ceux qui se réclament du syndicalisme révolutionnaire, du syndicalisme qui veut organiser les travailleur(se)s pour à la fois améliorer leurs quotidien et tracer la voie vers une organisation différente de la société.

Voilà ce que nous écrivions dans le bulletin AL Rail, distribué lors de la manifestation du 25 novembre. Mais aucune fédération n’a publiquement pris position pour une telle grève nationale en décembre !

La manifestation du 25 novembre fut pourtant un succès. De moindre ampleur, c’est vrai, que les dernières manifestations de ce type (en 2002 et 2000). Il n’y avait pas les 50 000 cheminot(e)s revendiqué(e)s par les organisations syndicales, la moitié sans doute, ce qui n’est cependant pas rien !

La CGT formait bien sûr le plus gros du cortège. SUD-rail, avec un cortège dynamique et revendicatif, a bien confirmé dans la rue sa place de deuxième organisation syndicale de l’entreprise. Les autres fédérations avaient des cortèges bien plus faibles.

Les lendemains de cette manifestation étaient déterminants. SUD-rail a tenté d’impulser une suite dynamique en proposant une interfédérale très rapidement (le 29) pour pouvoir profiter de dates symboliquement fortes, susceptibles d’être le début d’un mouvement fort : le 6 décembre car c’était le lancement du train privé « Id TGV » ou le 12 décembre, date du « changement de service », période toujours marquée par des conflits surtout parmi les agents de conduite et les contrôleurs.

Sabotage

La CGT, forte de sa situation incontournable dans le jeu syndical, a bloqué cette perspective, en imposant que l’interfédérale n’ait lieu que le 8 décembre : après le 6 et trop tard pour une grève le 12 ! Pendant ce temps, d’assez nombreux conflits locaux se déroulaient un peu partout, dans les différentes régions et touchant toutes les catégories.

La seule proposition sortie de la réunion du 8 décembre fut une grève de 24 heures… le 19 janvier ! On peut dire que les fédérations se sont montrées prudentes. Mais on peut aussi juger qu’elles ont délibérément saboté toutes éventualités d’un conflit dur en décembre !

Seule la fédération SUD-rail a refusé de signer ce communiqué, considérant que la réponse n’était vraiment pas à la hauteur des enjeux. Mais, dans ce contexte, SUD-rail a été dans l’incapacité d’avancer publiquement une proposition alternative.

En interne, les avis étaient partagés : malgré une situation difficile et des délais très courts, certain(e)s pensaient qu’il fallait avancer publiquement la proposition d’un tel appel car, malgré le blocage de la fédération CGT, il correspondait aux aspirations d’une bonne partie des équipes de base CGT. Ce ne fut pas la voie suivie : mise au pied du mur, une majorité des syndicats SUD-rail n’a pas senti la situation mûre pour traduire dans les faits les discours si souvent répétés sur « la grève reconductible ».

Une nouvelle « 24 » ?

Aujourd’hui, la seule perspective nationale demeure le 19 janvier. L’enjeu est de savoir si ce sera une « nouvelle 24 heures » où si un travail de terrain d’un peu plus d’un mois permettra de poser avec sérieux la question d’un mouvement reconductible.

Pour cela, il faut des revendications à la hauteur. Dire seulement « non au budget 2005 de l’entreprise ! » comme le proposent les fédérations dans leur communiqué du 8 décembre aboutit inexorablement à un mouvement carré, destiné à « faire voir le mécontentement ».

Si nous voulons un mouvement plus dur, il faut que les objectifs soient différents, il faut une plate-forme unifiante, qui à la fois touche au quotidien des cheminot(e)s et pose les questions de fond, qui allient revendications catégorielles et d’ensemble, qui globalise les problèmes tout en laissant des marges pour des acquis locaux qui renforcent celles et ceux qui luttent.

Mouldi C. (AL Transcom)

 
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