Front national : L’écologie patriote sent le renfermé

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Le 16 décembre 2014, le FN annonçait le lancement du collectif Nouvelle écologie. Ce collectif entend s’appuyer sur l’État-nation et défendre le capitalisme tout en prétendant remédier à la crise écologique. Encore une fois, ce seront les classes populaires qui en feront les frais.

Le FN traite de la question écologique depuis déjà assez longtemps. D’une posture radicale, il a dérivé, à mesure de ses percées électorales, vers des positions plus « pragmatiques ». Pourquoi donc, alors qu’il augmente ses scores, ressent-il le besoin d’appeler à la création de collectifs larges sur la question écologique ? Les raisons officiellement avancées, dénonçant les prises de positions écologiques du PS et de l’UMP comme de simples effets d’annonce et la volonté de contester EE-LV sur son terrain, aux postures jugées idéologiques et non réalistes, demeurent insuffisantes. S’il s’agit de cela, pourquoi le FN ne le fait-il pas par lui-même ? La raison est simple. Le FN s’inscrit depuis longtemps dans une stratégie d’hégémonie culturelle.

Cependant, en dépit de son écho médiatique et de ses poussées électorales, il manque de cadres et de militants et son image de parti d’extrême droite continue de rebuter. Il a besoin d’experts, de personnalités médiatiques et de militants de terrain. Les collectifs Nouvelle écologie peuvent servir de structures passerelles, à destination de personnes hésitant à s’engager directement au FN. Ces collectifs non estampillés FN peuvent ­aussi séduire ceux qui en ignorent l’affiliation frontiste.

Le nucléaire vert comme stratégie énergétique

Les propositions de Nouvelle écologie ne sont guères originales. Elles sont constituées en grande partie par une reprise des idées des partisans du développement durable, de la gauche écologiste et altermondialiste : lutte contre l’obsolescence programmée et les gaspillages, les flux de marchandises internationaux, les monocultures, la déforestation, défense de la biodiversité animale et végétale, de l’agriculture labellisée biologique, critique des agrocarburants, refus des OGM, sortie de la politique agricole commune, critique des mégastructures, etc. Le collectif défend également les chartes paysagères contre l’inesthétique de l’urbanisme contemporain. Cette posture n’est ­qu’une manière de parler de paysages traditionnels et d’introduire sa logique conservatrice et réactionnaire. Enfin, elle parie sur quatre sources d’énergie : le biogaz, le biopétrole, l’hydraulique (barrage de Sivens) ainsi que le « nucléaire vert », remplaçant ­l’uranium par le thorium. Ce dernier est considéré comme plus abondant, moins polluant, et inutilisable à des fins militaires. Cet argument aux allures antimilitaristes masque mal le fait que le FN pourrait ne réserver le thorium qu’à l’usage civil, tandis que l’uranium serait consacré à l’usage militaire.

Dans son analyse, Nouvelle écologie ne prend pas en compte le réchauffement climatique, l’empreinte écologique, l’entropie et la critique du productivisme. Cette posture lui permet d’occulter des questions de fond incontournables : réduction des espaces habitables liés à la fonte des glaciers et à l’augmentation du niveau de la mer, effondrement prévisible des rendements agricoles, développement d’épidémies, vagues de migrations massives ; isolation de l’habitat, développement du transport collectif et des transports doux, critique de la logique du recyclage ; la réflexion sur l’arrêt des activités sociales inutiles, notamment la publicité.

Partant d’une critique de la mondialisation et de la régionalisation capitalistes, Nouvelle écologie défend la pertinence du cadre national en matière de relocalisation de la production. Sa critique des mégastructures témoigne sans surprise du fait qu’il en occulte la dimension centraliste et autoritaire, ainsi que la déconnexion technobureaucratique et politicienne avec les besoins locaux des populations. Il prouve aussi qu’il ne comprend rien à la logique de relocalisation, qui raisonne en termes de distance et non de frontières. De plus, la crise écologique planétaire implique des décisions coordonnées à l’échelle globale. À ce niveau, n’en déplaise aux antimondialistes, l’échelon territorial compte peu. La ligne de démarcation se situe entre centralisme bureaucratique autoritaire et fédéralisme libertaire.

Une défense du capitalisme qui maintient la crise

Nouvelle écologie prône la défense d’un « modèle marchand protectionniste et patriote » et s’appuie pour cela sur les vieilles recettes du FN : sortie de l’euro, maîtrise nationale de la politique monétaire, prêts à taux zéro, dévaluation. Cette logique serait censée favoriser les investissements en matière d’écologie… comme servir au remboursement de la dette publique, au renforcement policier et ­militaire, à la défense du service public et d’une protection sociale nationale, le tout en supprimant les taxes professionnelles, les cotisations sociales patronales, sans taxer davantage les grandes fortunes. C’est incohérent ! Mais il s’agit aussi d’une politique de croissance incapable d’identifier les sources de la crise. Tout les maux sont imputés à la finance internationale et à la Troïka. Or le capitalisme financier (anticipation sur la valeur à venir et développement du crédit) s’est constitué en partie comme stratégie de contournement de la crise structurelle du capitalisme (se manifestant dans la baisse tendancielle du taux de profit).

La finance est actuellement en crise. Autrement dit, une politique d’emprunt amènerait une nouvelle vague de crise et d’austérité, et sans le recours à de nouveaux crédits, la crise première réapparaitrait et l’austérité s’approfondirait. La seule solution consiste donc à rompre avec le capitalisme, ce qui est à l’antipode des objectifs et des intérêts du FN.

Nouvelle écologie est bien évidemment l’occasion de disséminer des thèses xénophobes à travers l’écologie. Pour exemples, le cadre national et les chartes paysagères sont utilisés afin de promouvoir l’identité culturelle, la défense du vivant et la critique de la mondialisation pour dénoncer l’immigration. Et finalement, ce collectif sombre ouvertement dans le racisme lorsqu’il oppose, dans la rubrique « pollution et santé », la biodiversité alimentaire au métissage forcé.

Le programme écologique du FN, en plus d’être inconséquent et fondé sur une logique autoritaire, nationaliste et raciste, est économiquement intenable. Encore une fois, ce sont les classes populaires qui devront payer. À moins que les propositions écologiques ne fassent partie de ces belles promesses démagogiques pour gagner des électeurs et avancer vers la conquête du pouvoir.

Flo (AL 49)

 
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